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20 / 02 / 2006, 01:09

Fuite à Varennes

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Mai 2011.

 

Rien ne va plus pour la famille de l’ancien président. Poursuivi pour nombre d’affaires de pots de vin et d’emplois fictifs antérieures à ses mandats présidentiel, le vieillard d’aujourd’hui sent l’étau de la justice se refermer. Il est même assigné à résidence, à Paris. Ce pied-à-terre parisien est pour lui une vraie prison, alors qu’il pensait terminer sa vie à la campagne, (après une longue carrière en campagne).

La politique française d’autre part s’éloigne de plus en plus de l’europe. Un nouveau gouvernement vient d’être nommé pour prendre des mesures d’urgence. La nouvelle constitution, encore en construction, prévoit de changer les rapports entre la France et l’Europe. Il s’agit de rétablir la souveraineté Française sur toute décision concernant les citoyens Français. Les décisions de Bruxelles redeviendraient alors des suggestions que l’état français appliquerait ou pas. Plus de diktat du parlement. De toute façon, la constitution européenne étant toujours au point mort, la France refuse de devoir se plier à des demi-décisions qui sont plus des compromis à 25 qu’une véritable gestion. De même, la plupart des décisions sont aussi fortement influencés par les lobbies anglo-saxon libéraux et les mafias de l’est, ce qui ne fait pas le jeu du gouvernement sinistro-centriste français. La France se veut donc autonome au sein de l’europe. Mais les autres partenaires ne l’entendent pas ainsi.

L’Amérique durcit le ton. Malgré les lois votées en 2006 et 2007, la justice française ne fait pas appliquer les lois en matière de fichiers numériques. Selon Washington, ce serait 2 milliards de dollars que la France devraient à l’Amérique depuis 2007, pour manque à gagner à cause du piratage. Surtout que d’autres internautes profitent des serveurs français pour « faire le plein ». La politique d’informatique pour tous et d’exception pour l’éducation a bon dos, c’est vrai.

18 juin 2011. L’ « Appel » du « petit Kaporal » provoque une forte vague de mécontentement dans l’opinion française. Le rappel des « libéraux » outre-manche offusque l’électeur de 2007, dont la fureur a balayé les institutions de tout membre de l’ancien parti de droite. Un pays moins « démocratique » dans un tel chambardement aurait même interdit l’ancien parti. Encore heureux que l’éducation républicaine ait fait garde-fou. Néanmoins, cette débacle électorale a emporté dans l’ombre la moitié des politiques et la totalité des hauts fonctionnaires. Même l’armée a fait l’objet d’un grand nettoyage. Peu de démissions, mais beaucoup de mutations et de retournements de « veste ». Le style élitisto-prolifico-catholico-infaillible a été remplacé par le proximo-amico-rationo-démagogue en quelques mois. La troupe n’a pas semblé s’en offusquer. Pour elle, le commandement perdure même si le style change. Et le style, il est pour les politiques, pas pour les subordonnés. Un virus informatique dans les réseaux de la maréchaussée a aussi corrompu les fichiers de contraventions, et les sauvegardes ont été condamnées aux oubliettes. Cela a évité une amnistie controversée ou partielle, et ce virus surnommé l’Effaceur a permis que le citoyen ne s’en prenne pas aux forces de l’ordre après les résultats des élections.

Mais aujourd’hui, 19 juin, les vitres grillagées anti-balles de l’appartement de l’ancien chef de l’état crépitent de mille impacts de cailloux et boulons lancés par les manifestants. Des cris fusent. Heureusement, personne ne fait mine d’entrer. Les deux pandores ont refermé au rez-de chaussée le lourd portail de fer, qui gongue sous le choc des pavés, mais personne ne tente de le franchir ou de l’abattre.

L’ombre de sa silhouette provocant une nouvelle pluie de caillasses, l’ancien président se réfugie dans une chambre plus au calme. Sa sécurité ne lui semble plus assurée, les secours tardent, volontairement selon lui. Son cœur lui fait mal et la peur s’insinue en lui. Il ne comprend pas cette colère, contre lui qui a essayé jusqu’au bout d’être un « grand président ».

Mais la crise économique, et les incapables qui l’entouraient l’ont fragilisé, déligitimé, comme ils ont conduit le pays au bord de la faillite. Il croyait être sympathique pour ses concitoyens. Mais ses détracteurs l’ont caricaturé en chef d’une bande de vautours gras, se nourrissant des nombreuses carcasses de chômeurs et emportant entres leurs serres de lourds sacs d’euros. Avec bien sûr une couronne sur la tête et toujours haut perché.

Hier, les juges lui ont posé des tas de questions, dont il a depuis longtemps oublié les réponses. Le dossier qu’on instruit contre lui ne lui ressemble pas. Les preuves d’un lointain passé ne peuvent avoir fait partie de sa propre vie. Ils veulent sa peau. Il en est sûr. La traque est terminée. Il ne peut plus se dérober à la justice, sauf si sauf si…

Fuir. Fuir ce pays qui aujourd’hui le hait alors qu’il l’aime tant. C’est sa seule chance. L’espoir renaît chez cet homme qui l’instant d’avant se recroquevillait pour mourir, pour ne pas voir le coup qui allait le tuer. Il est surveillé. Ces déplacements se font entre quatre gardes républicains dans un monospace aux vitres teintées. Mais la nuit, seuls deux pandores sont de faction au portail. Et a priori, ils sont encore bien seuls à cet instant alors qu’une foule hostile le conspue.

Il en informe sa femme, durant la visite de l’après-midi. Il a un plan. A trois heures du matin, il descendra au premier étage. Il n’y a personne qui garde sa porte au troisième et les deux autres appartements en dessous sont vides. Là, il passera par la fenêtre du couloir, non barricadée, donnant sur la petite rue transversale. Que 4 hommes sûrs soient prêts à le réceptionner dans une bâche.

La petite dame derrière son sac à main relève la tête et regarde avec admiration son mari. Si elle ne sourit pas, ses yeux brillent d’un éclat nouveau. L’apathie de ces deux vieillards n’est qu’apparente. Ils brûlent d’enthousiasme même si leur corps les trahit. Mais leurs cœurs et leurs tempes cognent furieusement.

L’ex première dame du pays a rempli sa mission. Il est 3h 10 en ce 20 juin 2011. Quatre jeunes fidèles remettent leur président d’aplomb et le guident vers une grosse berline sombre.

L’évasion est réussie, la cavale commence.

Le but est d’atteindre la Belgique. Mais dés que l’évasion sera constatée, toutes les routes les plus courtes risquent d’être bloquées. Afin de ne pas prendre l’itinéraire le plus évident, il est conseillé au président de rejoindre un lieu sûr, prés de Metz. Puis d’attendre que les choses se calment.

Mais la chance n’est pas de leur coté. Ils doivent attendre jusqu’à six heures du matin à Meaux, le monospace qui doit les emmener à l’abri. En effet, leur berline est depuis plus d’une heure l’objet de toutes les recherches. Celui-ci arrive enfin. Mais après une petite demi-heure, l’estomac du président crie famine. Ce signe de bonne santé réjouit celui dont l’appétit est plus qu’une légende. Mais pas question de s’arrêter n’importe où en bord d’autoroute. Le véhicule trouve un petit relais pour routiers, dont la spécialité est « le pied de cochon de Sainte Ménéhould »

Là, l’ancien président s’empiffre. Au-delà de toute raison. Il avale le premier pied de cochon, poussé par une première corona. Il prend un café en écoutant la radio. On ne parle pas d’une évasion mais d’un enlèvement. Il sourit. Personne ne peut imaginer qu’à son age, il est eu envie de prendre la clé des champs. Il entend un groupe commenter bruyamment les nouvelles en terrasse. Une voix qu’il connaît bien. Un homme qui ne devrait pas être là. Un homme dont il pourrait avoir confiance, mais dont la notoriété est égale à la sienne. Une vedette de cinéma : l’acteur Alain Delon, en compagnie d’une grosse légume de la finance en train de se taper une veuve Clicquot d’une bonne année. Incroyable mais vrai qu’au même moment se croisent dans ce relais deux « célébrités ». Heureusement, tout le monde n’a d’yeux que pour l’acteur. A la table voisine, Arielle Dombasle et BHL en sont au café croissants. Le président pense à une journée particulière, sans penser à une nuit pourtant prémonitoire.

L’appétit et la troisième (déjà) corona lui fournissent un plaisir rare dont il a envie de jouir à la carte.

Car il s’agit pour lui du Menu, le vrai. Après le pied de cochon à la Sainte Ménehould, les rognons au champagne et filet mignon de Porc à l'ancienne ou au champagne, il veut goûter aux salades de gésiers, de magret,et au chèvre chaud, à l’Oeuf-cocotte à la bretonne, à l’Assiette de cochonnailles , la Terrine de lapin maison , aux Rillettes de raie, sauce aïoli et aux escargots. Et puis, pour passer aux choses sérieuses, à l’Andouillette au muscadet, au Filet de haddock au citron , à l’Entrecôte bordelaise et au Filet de boeuf au poivre vert.

Tous les plats sont garnis de frites maison mais rien ne rassasie l’appétit féroce d’un homme qui n’a pas mangé depuis longtemps en homme libre.

A la dixième corona, le tenancier fait le lien entre cet homme grimé et un autre, plus célèbre, et que tout le monde recherche. Il n’en revient pas. Lui, Jon Batista Derupete (un anagramme pareil, çà ne s’invente pas, çà se découvre ) va changer la face du monde.

Ayant repéré le véhicule « présidentiel », il va en saboter la batterie.

Il est maintenant 14 heures. Après quelques profiteroles, l’ancien président est repu. Il manifeste l’envie de dormir. Désir qui sera accordé de mauvaise grâce quand on constatera le véhicule en panne.

Un autre véhicule arrive de Paris vers 19 heures, appelé après qu’on ne soit parvenu à faire démarrer le monospace discrètement. Un mécanicien de confiance, venu avec celui détecte le problème en dix minutes et une autre voiture, sur le parking, est discrètement délesté de sa batterie. Puis, tout le monde repart, la nouvelle voiture en tête, pour « ouvrir la voie ».

JBD les suit, discrètement. Avec son portable, il prévient la gendarmerie, et à Varennes, le convoi est arrêté par un barrage. Le monospace du président fait brutalement demi-tour mais JBD le stoppe en venant le percuter volontairement.

Le retour vers Paris au matin du 21 juin fut l’occasion d’un dernier plaisir pour le président. Durant tout le trajet, en ce solstice d’été, il eut devant sa berline six motards, et autant à l’arrière, comme aux plus belles heures de son passé. Celle-ci fut bien caillassée au champs de Mars, malgré sa marque française, et l’ancien président entra dans un long, très long hiver…

 

© 2006