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27 / 02 / 2006, 19:23

BRIAN

o:p> 

 

 Mai 2015

 

 

Brian se réveille avec un troupeau de mammouths dans le crâne et leur langue dans sa bouche. A priori, il y avait trop de J.B dans son coca cette nuit. « Bon sang (« fuck » mais je traduis Brian en live dans le texte. Ca fera moins primaire niveau vocabulaire), mais je ne suis pas dans mon lit. Et ce n’est ni une chambre de nana, ni une chambre d’hôtel.

La peur. Où suis-je ? . La porte est fermée, il est prisonnier.

Il y a un petit lavabo dans un coin. Brian se lave le visage, se rince la bouche. Pas de miroir, forcément. Au pied du lit, ses chaussures, sans lacet. Au mur, pas de fenêtre. Au plafond, une lampe inaccessible sous un plastique épais encastrée dans le plafond. Contre un mur, une petite table en pin et une chaise du même métal.

"Maudits français". Puis, une pensée peu galante pour la fille qui lui a offert quelques verres. Il a été drogué, il en est sûr.

Le temps passe. Le silence est oppressant. Assis sur son lit, Brian échaffaude 1000 scénarii. Il voudrait rentrer chez lui. Cette « guerre balade » tout d’un coup vire au cauchemar. Pas de montre. Brian se lève plusieurs fois pour boire de l’eau. Il commence à avoir faim et… il n’y a pas de toilettes dans la pièce.

La porte s’ouvre alors qu’il comptait aller se soulager dans le lavabo. « Good morning Mister Oneyed. “ “Que désirez vous pour votre breakfast ?” Le ton est sarcastique, mais le français n’a rien d’un tortionnaire. Brian n’est plus, par contre, qu’un ado attardé. Oubliée la formation mentale de soldat . « Les toilettes s’il vous plait ? » demande t-il implorant. « Suivez moi ».

Drôle de prison et drôle de gardien. On dirait un hôpital dont les chambres seraient fermées à clé. Brian apprécie de se soulager et c’est un peu ragaillardi qu’il retourne en cellule.

Il y a un plateau sur la table et le gardien repart sans rien dire d’autre. Brian s’assoie sur la chaise en pourcekisuive , commence son repas et s’absorbe dans cette occupation qui lui permet de se reconstruire tout en passant du temps. Quand le dernier craquement de pomme est passé, le silence revient après un long soupir. Retour sur le lit.

Retour du gardien. Et à nouveau l’ordre « suivez moi ». Passage aux toilettes puis Brian est conduit dans une petite pièce, avec vitre sans tain, table au milieu et deux chaises. La peur revient. Le gardien se campe dans un coin. Brian est assis face à la porte. On attend quelqu’un.

Ce quelqu’un est bien sûr derrière le miroir. Il jauge Brian. Soit il fait l’affaire, soit c’est la guerre et c’est assez moche. Les ricains ne doivent pas savoir ce qui se trame contre eux. Et les prisonniers doivent être « utiles ».

Le gamin semble résigné. Pas de rébellion, pas de panique. Il est prêt pour le dialogue.

Il passe de l’autre coté.

« Bonjour Mr Oneyed. Avez-vous bien dormi ? »

- bonjour Monsieur, soldat Oneyed Brian, matricule 079847692748.

- Soldat Oneyed ? Vous faites donc partie de cette armée d’occupation ?

- Oui Monsieur !

- Vous avez été capturé en civil. A ce titre, vous n’avez pas tout à fait les mêmes droits. Nous pouvons vous fusiller pour espionnage. »

Brian pâlit, s’effondre. En face, son interlocuteur voit bien qu’il ignore tout de ses droits individuels en tant que prisonnier. C’est ce qui peut lui sauver la vie.

 

« Néanmoins nous pouvons trouver un terrain d’entente. Si vous êtes prêt à coopérer, vous pourrez peut-être voir la fin de cette guerre . Je vous laisse y réfléchir. Au revoir »

 

            Brian est raccompagné à sa cellule. Il va y mitonner deux jours, sous surveillance permanente, avec un dictionnaire anglais français , une méthode assimil anglais français et un livre pour enfants ayant pour thème « Les aventures de Tom Sawyer » en français.

             Il lui a fallu un quart d’heure pour comprendre et se mettre au travail.

             A la rencontre suivante, Brian dit bonjour en français et tente une formule de politesse. Il n’y a plus qu’à lui expliquer ce qu’on attend de lui.

D’abord, il passe à table. L’interrogatoire est informatisé. Il répond à un panel de questions sur l’armée américaine, son rôle, ses origines sous forme courte. Puis question d’état civil. Evaluation de français. Tests psychotechniques. A nouveau questionnaire de renseignement, avec des questions se recoupant avec le premier, maths, informatique, sciences…8 heures par jour durant 6 jours puis retour à la cellule.

 

              Le rôle de Brian va être de saper le moral des familles en Amérique, de dénoncer les abus courtelinesques de l’armée américaine en occupation, de critiquer les DRM sur les fora… Mais au début, il traduira du français vers l’anglais pour les production audio-visuelle françaises à destination des troupes américaines (sous-titre ou doublage).

 

               Il travaillera en binôme avec un français dont il corrigera l’anglais, alors que lui lui enseignera les « richesses » de la langue afin qu’il puisse les transcrire en américain.

 

               Bien sûr, il n’y aura pas de « direct » pour Brian. Si il tente de communiquer avec l’extérieur, il ira apporter à ses camarades la preuve que les français ne plaisantent pas avec les déserteurs qui sombrent dans la délinquance.

A aucun moment Brian n’aura l’impression d’accomplir un travail forcé, tout à fait contraire aux lois internationales en vigueur. Et Brian fera partie de ces armes non létales qui mirent les américains à genoux.

 

© 2006