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17 / 03 / 2006,
21:05
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14 juillet 2014 (suite)
Elsa n’en croit pas ses yeux. Le commissariat est ouvert. Mais il n’y a
plus de police depuis 2012! En effet, depuis la création des centres de
rééducation, en campagne, commissariats et prisons insalubres, contre-indiqués
pour parvenir à la rédemption des délinquants, ont été abandonnés.
Ce commissariat sent le neuf. Il a du être rouvert depuis peu. Mais quel
français accepterait aujourd’hui de remettre un képi ?
L’homme à l’accueil a le regard fuyant. Son manager sait-il qu’il est là
? Comment espère t-il être payé ? Sa carte de crédits euros ne peut accepter
d’argent extérieur. La masse monétaire globale a été établie cette année et ne
peut varier. Elle est sensée limiter l’inflation mais elle progresse en
correspondance avec les volumes de services accessibles et de la
production.
Ses « guides » la mènent en cellule. Elsa veut protester. Les seules
personnes encore enfermées sont considérées comme potentiellement dangereuses
pour les autres. Sinon, tout le monde sait que la fuite est inutile. En dehors
de la France, personne ne prend les crédits euros. Il faut pouvoir changer ses
unités en billets pour pouvoir voyager à l’étranger. Mais la mine peu engageante
des molosses la dissuade. Le choc métal contre métal l’ébranle. La voilà bouclée
et la peur la saisit. Les gens ne s’enferment plus de nos jours. Il y a toujours
une alarme pour le faire automatiquement en cas de danger.
Manifestement, elle inaugure le produit. Le mur sur lequel le banc est
fixé est d’un blanc parfait. Personne ne s’est encore assis là. Elle s’allonge,
la tête appuyée sur son sac, ferme les yeux et tente de s’endormir pour oublier
ce triste lieu. La lumière blanche rend encore plus nette cette petite femme
brune toute de noir vêtue qui semble flotter allongée dans un nuage.
Elle est réveillée en sursaut par l’arrivée d’un autre pensionnaire. Et,
ils l’enferment avec elle.
A sa vue, l’homme sourit gentiment « Bonsoir zoulie madam . Est-ce vous
qui allez me torturer ? »
Elsa rit. « J’ai oublié mon fouet à la maison »
L’homme a un peu bu. Il s’en excuse, se présente.
« Enchanté de vous rencontrer, même en ce lieu sinistre. Bonsoir, je
m’appelle Henri. Vraiment. Mais Tournel est mon nom de scène, vous vous en
doutez. Auteur, compositeur, interprète. Je faisais seulement mon boulot, et je
vous promets que je ne joue pas si mal de ma guitare. Mais ils ont préféré me
mettre au violon.
- Moi, c’est Elsa, et je suis accordéoniste.
- Et vous jouez si mal ?
- J’ai surtout joué le morceau d’un autre.
- Morceau qui vous fera cracher petite madame. L’amende est salée de nos
jours.
- Ils acceptent les euros-crédits selon vous ?
- Je crois qu’ils vont avoir la surprise de constater qu’eux seuls ont
des billets.
- C’est incroyable cette histoire. J’en suis toute retournée.
- C’est la guerre, il faut s’attendre à tout. Mais je suis prêt à vous
protéger de mon corps en cas de besoin, même si je ne suis pas un
héros.
- Vous feriez mieux de garder vos distances, sinon vous pourriez
constater que je n’ai nul besoin de protection.
- Ne vous méprenez pas. Je suis un gentil. Juste un peu dragueur mais
correct.Puisque vous me renvoyez si promptement dans les cordes, j’arrête la
flûte.
- Vous avez déjà abusé du champagne.
- Normal, j’étais sur scène et le haut boit.
- Et pourquoi êtes vous ici ?
- J’ai adaptée une chanson d’un ancien chanteur français, aujourd’hui en
green card sur les américains, mais moins gentille que l’original
« Si les Ricains n’étaient pas là
Nous serions tous en Piraterie
A parler musique ou cinéma
Et sans payer de royalties.
Bien sûr les alliés sont dépassés.
Les milis sont montrés du poing.
Est-ce une raison pour oublier
Qu’un jour on les renverra au loin ? »
« C’est malin, nous ne devons pas les
provoquer.
- Je crois que je vais encore aggraver mon cas
»
« Un gars venu de Géorgie
Qui se foutait pas mal de toi
Est venu se divertir à Paris.
Les putains ne parlent que d’çà.
Bien sûr les alliés sont dépassés.
Ils sont devenus des pantins.
A l’Amicale des Flibustiers
On dit qu’ils s’enfuiront un matin. »
Allez Elsa, à deux .
« Si les Ricains n’étaient pas là
Nous serions tous en Piraterie
A parler musique ou cinéma
Et sans payer de royalties. »
Le fou rire les prit tous les deux. Durant une heure, ils échangèrent des
banalités, parlèrent beaucoup de leur vie, oubliant l’odeur entêtante de
peinture fraiche, les grilles et leurs gardiens.
Le petit matin les trouva endormis l’un contre l’autres comme deux
enfants. Les grilles s’ouvrirent bruyamment et ils furent brutalement tirés de
leur sommeil. Séparés dans le couloir, chacun fut conduit devant un responsable,
dans des pièces différentes.
L’homme en face d’Elsa lui rappela un professeur de maths qu’elle n’avait
pas apprécié. Petit, gras, les cheveux rasés, le visage rougeaud, de vilains
petits yeux marrons, il semblait jubiler intérieurement.
« Madame, votre cas est grave.
Je peux constater ici de nombreuses interpellations par la police durant
les années 2007 à 2011. Manifestations hostiles au gouvernement, à la World
Company et aux lois de protection des droits d’auteurs principalement. Droits
que vous avez à nouveau bafoués hier au soir.
- mais enfin qui êtes vous ?
- Commissaire Senventa, brigade numérique. Chargé de la lutte contre la
copie, la contrefaçon et la reproduction non autorisée par l’auteur. La création
de la section française de cette brigade, découlant de la loi européenne a été
votée hier et ses règles ont été publiées.
- Un 14 juillet ? Mais je travaillais …
- Nul n’est censé ignorer la loi.
- Et puis, je n’ai rien copié ou enregistré…
- Vous avez joué un morceau à l’identique de celui de l’auteur. Vous
l’avez donc reproduit et diffusé.
- Et le décret d’application ne peut avoir été…
- Procédure d’urgence. 5 ans de retard, c’était trop. On a appliqué la
loi dés le vote.
- Ce gouvernement n’a pas été élu
- Il s’est substitué au gouvernement fantoche qui a quitté un peu
précipitamment le pouvoir.
- Vous n’êtes pas français vous ?
- Madame, je ne vous permets pas. Ma famille est française de père en
fils depuis cinquante générations. Mas ancêtres ont été de toutes les batailles
pour défendre ce sol sacré. J’ai du, comme mon grand-père, faire un séjour en
angleterre avant de pouvoir à nouveau, fouler le sol de ma terre natale. J’ai
perdu cette oreille en débarquant, à cause d’un imbécile maladroit qui avait mis
sa baionnette. J’étais prêt à me battre pour ce pays.
- Maintenant, tout s’explique. Vous êtes un traître et un
collabo.
- Insulte à un représentant de l’ordre. Avec votre infraction d’hier et
votre passé, votre compte est bon.
- Mais qu’allez vous me faire ? Il n’y a plus de prison.
- La Santé a été la première préoccupation du gouvernement. Elle a gardé
tout son charme d’antan, alors que ce commissariat lui, a été rénové.
- Relâchez moi. Je connais du monde. J’ai droit à un procès.
- Défavorable. Vous restez en garde à vue. Séance suspendue. Je vous
revoie cet après-midi. »
A 15 heures, sans explication, les deux américains en civil lui rendirent
son accordéon et la firent sortir en lui conseillant d’être plus prudente à
l’avenir.
Le bureau du commissaire était inoccupé. Le commissariat était vide. Les
américains le fermèrent. Pas de traces d’Henri. Il ne l’avait pas attendue
?
Elle devait apprendre, bien plus tard, un peu après la libération, de la
bouche d’un de ses amis, lors d’un repas après un concert, le destin
d’Henri.
Il était mort, durant l’interrogatoire. Il se serait débattu alors qu’il
était menotté les mains en arrière. Il aurait glissé et serait tombé, se cognant
la tempe contre un coin de bureau. Elle raconta alors cette nuit, où Henri et
elle s’étaient rencontrés. Lorsque elle parla de la tentative de séduction,
certains sourirent. Elle comprit alors que manifestement, elle n’était pas son
genre. Elle continua cependant sans tiquer. « C’était un homme, et son courage
m’a rassurée »
Elle ne sut jamais, par contre, que les deux commissaires avaient disparu
durant la pause de midi. Nul ne les avait revus et personne n’essayait de les
rechercher.
En sortant du commissariat, elle vit de l’autre coté de la rue un homme
tirer une sucette de sa poche. Elle pensa qu’elle avait faim, n’ayant rien mangé
depuis la veille et soulagée, s’offrit un petit steak frites dans un restaurant
voisin qui se fit un plaisir de la servir.

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