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21 / 03 / 2006, 22:40

Camps de redressement

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Octobre 2012

 

En pleine forêt domaniale landaise, au bout de l’unique voie d’accès, on atteint un camp grillagé. Une triple rangée de barbelés et des mâts avec des caméras et des dispositifs de détection de mouvement en interdisent l’entrée ou la sortie. Entre les deux dernières barrières, un chemin de ronde assez large pour un véhicule peut permettre une intervention rapide des gardes. Entre les deux premières, un espace canin dissuade les plus courageux de se faire la belle ou de venir faire une visite.

 

A l’intérieur, sur une surface de 150 hectares, on y trouve une vraie ville avec différents quartiers. Chaque quartier correspond à un type de délinquant, sauf le quartier des gardiens et des éducateurs.

Le futur quartier de haute sécurité correspond pour l’instant au quartier des ouvriers bâtisseurs.

 

En France, cinq lieux ainsi isolés doivent permettre de loger les 70.000 délinquants potentiels auxquels le pays est habitué depuis trois ans. Mais depuis le plein emploi, l’arrivée des euros-crédits et la certitude pour les condamnés d’avoir à travailler durant leur séjour, la délinquance a commencé à fortement baisser.

 

Néanmoins, il ne s’agit pas de camps de concentration, comme on put l’affirmer les détracteurs. Les caméras de surveillance, comme une dizaine d’autres spécifiquement installées pour la durée des travaux sont connectées sur le supra net. Tout citoyen peut constater que personne n’est maltraité, ni encouragé à l’inaction.

 

Il y a un quartier témoin qui fonctionne déjà. C’est celui des petites peines. Chaque détenu est responsable de son studio avec commodités pour la durée de son séjour après état des lieux. Il est relié au supra net pour les loisirs et les cours. Car chaque détenu, si il veut pouvoir sortir à la fin de la peine prononcée par le tribunal doit avoir « progressé » au niveau imposé dés le départ avec un manager, manager qui sera ensuite relayé par un manager spécialisé à sa libération. Mais le manager, est présent sur le lieu de détention car on estime que les délinquants ont besoin, dans un premier temps d’être physiquement suivis. Il dispose d’un lit correct, d’un grand placard, et d’un coin douche-toilette. Il n’y a pas de coin cuisine, mais le micro onde est autorisé après deux mois de présence sur autorisation du manager, surnommé ici tuteur.

Sinon, le quartier dispose d’un gymnase, d’une piscine, d’une piste d’athlétisme et d’un supermarché, au contenu approprié bien sûr. Les détenus doivent avoir une vie en un maximum de points semblable à la vie à l’extérieur. La punition de l’enfermement ne prive que des moments intimes avec le sexe opposé, et des fréquentations habituelles. Certaines pratiques ne peuvent non plus être exercées sur place, mais l’essentiel d’une vie sociale est maintenu. Cela fait partie de la rééducation pour les petits voyous des anciens quartiers dit défavorisés.

 

Un autre quartier n’est pas prés d’être amélioré, c’est le quartier des racistes. On aurait pu l’appeler autrement, mais il permet d’y mettre tous les racistes. Actuellement en majorité blanche anti-tout sauf eux, les autres « communautaires » renoncent à affirmer leur supériorité depuis qu’un musulman un peu violent a fait un vilain sourire à un noir antillais. Déplacé dans ce quartier, il a permis à tout le monde de l’entendre crier durant la nuit, au milieu des rires gutturaux, mais personne dans l’encadrement n’est intervenu et la leçon est bien retenue.

Depuis, il n’y a pas d’incident car la consigne est soigneusement passée aux nouveaux. Les seuls heurts sont donc intra ethniques afin de ne pas être catalogué comme raciste, donc beaucoup moins fréquents.

Ce quartier là est donc un ensemble de préfabriqués. Les détenus ne veulent pas travailler et ils se débrouillent avec la nourriture qu’on leur fournit tous les jours. Néanmoins, il est possible pour quelqu’un qui le désire de le faire savoir devant une des caméras blindées de surveillance. Il est alors extrait lors d’un difficile « rassemblement général » et isolé de tout le monde durant un petit moment. Puis, une fois interrogé et orienté, il est changé de centre pour suivre une rééducation adaptée à son autre profil. Ainsi, le nombre d’extrémistes racistes baisse t-il régulièrement.

 

Mais cette solution ne satisfait pas trop l’homme à la sucette, venu faire une inspection de visu. Il veut depuis longtemps mettre un nom sur les assassins de son frère et de son neveu. Chaque fois qu’un nazillon veut s’amender, il vient l’interroger à ce sujet. De plus, il veut connaître les noms des anciens patrons qui prônaient le rétablissement d’un reich. Car ce sont ceux là qui contaminent encore à l’extérieur les couches défavorisées de la race blanche. Même si ils sont exilés, ils seront inquiétés par les services de renseignements étrangers qui apprécient l’aide des français en la matière.

 

Le type a pu se laver, et mettre une nouvelle tenue propre. Elle est blanche et non orange comme pour ses ex-congénères. Ils vivent dans des conditions de vie déplorables car ils veulent apitoyer les internautes sur leur sort. Pour cela, ils détruisent les installations sanitaires, mettent le feu quand ils peuvent, et souillent leurs vêtements. Le seul résultat probant obtenu est la capitulation de leurs éléments les plus faibles psychologiquement..

 

« Bonjour Hans » attaque l’homme à la sucette.

L’individu ne répond pas à la provocation. Il est brisé et il a peur de retourner dans « la cage aux fauves »

« Pas très bavard, mon garçon. Pourtant, tu sais ce qu’on vous a dit par haut parleur. Pour pouvoir être rééduqué, il faut d’abord renier et participer à la lutte contre la barbarie, c’est à dire se mettre à table. »

L’autre renifle. Il repère la caméra face à lui malgré son camouflage. Il sait qu’il est observé, que c’est sa dernière chance, qu’il a intérêt à ne rien oublier. Sinon, à court ou long terme, c’est le retour dans la cage et l’exécution réservée aux traîtres.

Alors, il raconte. Il raconte son frère qui l’a emmené dans son groupe. Il raconte les ratonnades, les chasses aux pédés, les dégradations dans les cimetières juifs, les agressions dans les manifs, les projectiles pour attiser les forces de l’ordre, les camps d’entraînement militaire. Il donne deux trois surnoms de commanditaires, reconnaît quelques photos, donne ses chefs. On tire le fil et le sac s’éventre. Il n’y a plus qu’à ramasser.

Mais manifestement, il n’est pas de la région pour ce qu’il recherche, et il n’est pas d’un niveau scolaire très élevé. Ce qu’il raconte sera analysé par les enquêteurs, mais il n’y a pas grand chose à tirer. « Et puis, avec tes amis, tu t’éclatais sur internet à insulter les autres ? » « Ah non, pas moi ! C’est du rayon des binoclards çà ! » « Les binoclards ? » « Ouaih, les crânes d’œuf, les tronches. Eux, ils passaient leur temps à ça. « Et il y en a des binoclards ici ? » « Non, ils supportaient pas d’être ici. Ils ont été les premiers à partir en faisant mine de pleurer » « Tu as des noms ? »

Espoir et colère. Ils se sont fait abusés en beauté. A la lecture des dossiers, on a cru relâcher de pauvres types. Et il s’agit des plus dangereux qui sont dehors. Enfin, pas pour longtemps. Mais sous quel motif aussi pour les remettre en cage ? Ils ont passé des tests de « crédibilité ». Ils ont déjà été enfermés sous prétexte de « dangerosité potentielle », et n’ont jamais été jugés. Et si en plus certains commençaient à acquérir des bases de supra net ? On croyait relâcher les imbéciles les plus timorés et on a relâché les informaticiens du mouvement. Ceux qui programmaient les jeux de « reconstitution historique » ou « gestion de camp de la mort » « art de la torture » …et les utilitaires d’intrusion, de virus bloquants ou désorganisateurs , ou encore des logiciels de cryptographie.

 

L’homme à la sucette sort en déguster une dehors. Il a besoin de mettre de l’ordre dans ses idées. En sortant précipitamment, il renverse le seau d’un jeune en train de serpiller. Un petit mot d’excuse. Franck, encore en « rééducation » prend sur lui pour ne pas éclater de rage et éponge le sol sans un mot.

 

 

© 2006