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23 / 03 / 2006, 00:16

Honneur et décadence

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11 novembre 2015

 

Les critiques quand à l’occupation américaine en France s’amoncellent. La World Company a payé deux cents informaticiens Sri Lankais rien que pour « nettoyer » à leur insu les forum de discussion (sujets passés) afin que la trace en soit perdue sans que personne ne réalise. L’état major américain a eu une idée pour communiquer sur l’amitié américano-française.

 

Alors, aujourd’hui, tous les cimetières américains de France vont recevoir la « visite » d’une compagnie en grande tenue. Ces manifestations sont prévues décalées dans la journée pour être toutes filmées et diffusées sur le Net. Le major est désespéré. Ces maudits français vont encore détourner les images et les américains vont être ridiculisés, comme toujours.

 

Depuis six mois, c’est un sujet de plaisanterie permanent. Le major DAD se dit espionné par les micro ordinateurs de son bureau. Depuis la disparition de son chef, il semble avoir craqué et refuse de prendre l’avion ou de quitter le quartier retranché. Certaines sentinelles l’auraient entendu rire étrangement la nuit quand il est seul dans les bureaux de son service. On ne l’a pas changé car ce service ne ramène rien depuis un an et demi et les gens envoyés sur le terrain finissent par disparaître dans la nature. De plus, il relie tous les accidents, les désertions, et les dysfonctionnements à une grande organisation d’espionnage et de sabotage française. Ses chefs l’écoutent sans comprendre.

 

Selon eux, les serveurs français qui inondent l’internet ne seraient pas nombreux. La seule cache découverte était de petit format. Et la France n’est vraiment pas une menace militaire. Mais c’est vrai qu’il faut des résultats, et après l’affaire des « camps de la mort », il vaut mieux être sûr de son fait. Pour cela, il vaut mieux s’attirer la sympathie de la population avant de lancer une campagne contre les pirates terroristes qui sont la cause de l’invasion et qu’il faut dénoncer.

 

L’état Major rendra hommage à ses « morts pour la France » au cimetière américain situé sur les contreforts du Mont Valérien. Cette forteresse, qui abritait jusqu’en 2010 un régiment de transmission est un haut lieu de recueillement car des résistants français y étaient maintenus au secret avant d’être fusillés durant la deuxième guerre mondiale. Le dernier président républicain français y était tous les 18 juin pour commémorer l’appel du grand général.

 

Le lieu, en hauteur, desservi et ceinturé par de grandes artères, est facilement sécurisable et au sommet, à l’intérieur des fortifications, il y a une grande aire de poser d’hélicoptère possible. Après la cérémonie, vers 10 h 30, le major DAD a prévu une petite visite de la plaine des fusillés, des cellules, du musée des transmissions et du musée du colombier, puis un bon repas servi dans le grand restaurant du sommet, avec une vue imprenable sur Paris.

 

A nouveau un petit tour d’hélico sur Paris avant de regagner l’état major, et cette journée sera agréable pour tout le monde, avec un maximum de sécurité.

 

Alors qu’il survole la zone, le major DAD est déçu. La population est absente. Il y a des groupes de cinq soldats de protection tous les 50 m, mais leur attitude est volontairement relâchée, afin de ne pas être considérés comme menaçants. Au parking au sud du Mont sont garés les bus plein de soldats en grande tenue d’apparat. Il fait beau et presque bon pour la saison.

 

L’entrée du fort est sérieusement gardée. La route en sens unique qui en permet la circulation est parsemée de check point. Des équipes patrouillent dans les douves et le long des remparts. Les oies (changées tous les ans) crient à la concurrence déloyale et le GI qui devait normalement stationner le long du rempart dans leur enclos reste maintenant prudemment à l’extérieur. La « Valérie » intrigue les « boys » qui ne lisent pas le français, mais se font prendre en photo à ses côtés. Comme d’autres se permettent quelques facéties avec la statue située prés du colombier…

 

La cérémonie retransmise sur le Net est émouvante. Néanmoins, pas une parole qui permettrait de comprendre que le nombre de victimes de cette guerre en France, si il est égal au nombre de disparus, pourrait être assez choquant pour ceux qui suivent la diffusion. Les Français ne sont pas au rendez-vous et cela attriste le major DAD. Leur action déconsidère les morts d’une guerre précédente qu’on a voulu utiliser, en vain semble t-il.

 

Le programme au Fort se poursuit sans embûches au grand soulagement du major DAD, ainsi que dans les autres endroits, où les troupes américaines rendent hommage. A 17 heures, alors qu’il va falloir songer au retour, un jeune lieutenant vient chercher le major DAD. « Venez voir, c’est incroyable, c’est sur le Net ».

 

Effectivement, le major DAD n’en croit pas ses yeux. Les mêmes lieux, déjà décorés par les gerbes américaines, sont investis par des milliers de personnes arrivées ici par un phénomène de « Flash Mob ». A chaque endroit, un homme en écharpe tricolore remercie les soldats américains venus défendre les valeurs de liberté à leur époque. Sans être articulé, le message rapporté à l’actualité est tout de même explicite tout en restant décent. Très fort.

 

La suite est une véritable bombe. On y voit, dans quelques entrepôts, des soldats américains enchaînés, qui restent très calmes pour autant. Ils n’ont pas l’air d’être maltraités. On sent même une certaine joie contenue chez certains d’entre eux. Puis on y voit les environs du Fort du Mont Valérien, un des bâtiments, surnommé « Le petit château » à cause de deux petites tours et une dizaine d’hommes menottés et bâillonnés. Le commentaire précise que chacun d’eux saura retrouver un entrepôt et que ce soir, un millier d’hommes, prisonniers pour des raisons diverses, allaient retrouver leur liberté.

 

La nuit qui suivit fut encore une nuit blanche pour le major DAD. Le compte-rendu fait par ses hommes, les « spécialistes de l’infiltration » qui avaient disparu, n’était en effet pas pour le rassurer. Et l’impact médiatique de l’annonce d’un millier de prisonniers ignorés de toute la planète était considérable.

 

Mais ce que le pauvre major DAD n’a vraiment pas apprécié du tout, c’est de découvrir sur le net, en même temps que des millions de personnes, juste après les images des prisonniers où il venait de reconnaître certains de ses hommes,( et il s’était donc bien approché de l’écran) la tête qu’il était en train de faire face au micro-ordinateur, avec à ses cotés le jeune lieutenant qui était venu le chercher et qui manifestement ne comprenait rien à ce qui se passait. Et le rire qui avait, encore une fois, résonné  à ses oreilles…

 

 
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