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30 / 03 / 2006, 22:38

Avis de tempête

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Janvier 2014.

 

Les fêtes de fin d’année se sont bien passées. La population a pu bénéficier de largesses imprévues pour elle et dont elle avait perdu l’habitude. Une « pénurie » voulue à l’exportation des produits de luxe français a permis de faire monter les prix à l’international et d’accumuler des réserves. Réserves consommées ensuite avec les crédits euros accordés en prime de fin d’année au 15 décembre. Donner l’argent et la disponibilité du produit… ça a été une razzia. Il était préférable de laisser des prix élevés et de donner l’argent à part. En effet, brader les produits aurait permis aux plus économes habituellement d’en acheter beaucoup, alors que les autres n’aurait pas pu se les payer, ou les stocks auraient été insuffisants quand même. Tandis que les prix élevés ont permis de vendre le stock existant pour les jouisseurs tandis que ceux qui ont préféré acheter du quotidien moins luxueux ont bénéficié d’une amélioration substantielle de leur ordinaire.

Quand aux émigrés, à l’étranger, qui avaient payé à prix d’or le luxe français, ils ont pu voir sur le net des familles modestes manger foie gras, charcuterie fine, fromages etc. accompagnés de rouges prestigieux sans copeaux, de blancs moelleux, de champagne…

C’est formidable l’économie au service de la population… et surtout pour son moral. Le cercle qui en est responsable, rattaché en un point à la défense globale, a fait du bon boulot.

Car les nuages s’amoncellent autours de la jeune Net-république.

L’homme à la sucette est dans son bunker souterrain officiel en région parisienne, c’est à dire sur les lieux de l’ancienne « piscine ». Ce matin de reprise, sa boite aux lettres est à la limite de la saturation.

Le téléphone sonne. C’est une particularité rare aujourd’hui. Les interlocuteurs s’invitent dans le coin supérieur gauche de l’écran. Leur identité s’affiche, avec le motif de l’appel et un petit gling pour attirer l’attention. On ne prend la com que lorsqu' on est disponible. Et alors, c’est comme un visiophone, et on peut continuer de travailler en même temps.

Lorsque le téléphone sonne, c’est le téléphone sécurisé à l’extrême. Les abonnés sont très peu nombreux et chacun a fait l’effet d’une enquête. Lorsque on décroche, le combiné identifie grâce à sa surface tactile, la main qui le tient (et en vérifie la température). Si celle ci ne correspond au possesseur, il proteste en donnant l’alerte avec une sirène stridente.

Il décroche, il s’agit de son équipe, située à quelques minutes de là, dans une nouvelle implantation souterraine. Le Colonel ne donne même pas de motif. Il lui demande de venir. C’est urgent.

Il sort de son bureau et se rend à la « station ». Depuis deux ans, grâce à l’évolution des lignes du métro parisien, on a pu dans le plus grand secret faire un métro parallèle qui relie toutes les implantations souterraines de la capitale et les bâtiments officiels. Mais au lieu d’attendre une rame, on prend un petit véhicule électrique ( et silencieux) situé en bordure de quai et on rejoint la voie principale en fonction de la direction que l’on emprunte. Le choix de voie a été fait pour des questions de sécurité. Les navettes peuvent se croiser sans risquer de se heurter. Elles peuvent aussi adapter la vitesse maximale en fonction de la charge et circuler vides. Ainsi, à l’approche d’une navette qui va s’arrêter (la destination est choisie au départ), si le quai est plein, une navette va quitter le quai et aller se ranger à la station suivante. De même, quand l’avant dernière navette d’un quai quitte celui ci, le système central « appelle » une navette vide de la station précédente.

Ca fait un peu James Bond, mais ainsi, tous les déplacement sont sécurisés, non gênés par la circulation (même si elle est fluide), économiques, fiables, non polluants (grâce à l’électricité) et invisibles.

A chaque fois, les ouvriers ont cru travailler pour le métro. Il a juste fallu refaire les quais pour le stockage des navettes. Enfin, les tunnels sont prévus pour être « écroulables » en cas d’intrusion en un point. Chaque implantation dispose d’une autre sortie de secours dans les égouts ou les catacombes. Le sous-sol de Paris est un vrai gruyère.

A son arrivée, l’homme à la sucette peut constater la tension et l’inquiétude qui règnent. Les conversations s’interrompent et le colonel vient se camper devant lui, immobile. Il lui tend la main et celui-ci la lui serre un peu plus fort que d’habitude.

«Bonjour Monsieur. Cette fois, c’est parti. »

 

Le New York Time annonce dans sa première édition du matin le départ de deux divisions pour l’angleterre. Même information au Washington Post. On y explique que la France n’a toujours pas obtempéré pour se soumettre aux règles du droit international. De plus, une mystérieuse et sournoise dictature y aurait pris le pouvoir alors que le gouvernement légitime est en Angleterre depuis 3 ans. Cet état voyou abrite aussi des terroristes du Net qui veulent replonger le monde libre dans la barbarie en paralysant les ordinateurs à distance Le chef du Gouvernement provisoire en exil, constitué à Londres avec les votes des martyrs français exilés déclare « Amis américains, merci de votre aide pour libérer nos compatriotes».

Le plus grave, c’est que les images satellites montrent aussi l’embarquement de SHERMAN dernier modèle, du départ de deux porte avions entourés d’une escadre conséquente et , en Angleterre, prés de Londres, on comprend mieux le terrassement qui y a été effectué.

 

L’homme a la sucette fait en son for intérieur un rapide tour de situation. Ou en est aujourd’hui la Net République ? Et surtout son armée.

 

Il y a trois ans, en Août 2011, il a été chargé par le cercle « Défense globale » de réformer en concertation avec le Chef d’état-Major et les officiers de son bureau études les armées, enfin ce qui en restait, pour maintenir une défense opérationnelle malgré les faibles effectifs.

 

Il avait quitté l’armée en 2003. Celle qu’il avait retrouvée avait évolué dans le mauvais sens dont on avait toujours pensé qu’elle pouvait évoluer. Une armée de métier a tendance à se couper de la population, puis à vouloir prendre le pouvoir. L’état déficitaire et de plus en plus contesté avait concentré ses efforts sur la gendarmerie et le ministère de l’intérieur. Le turn-over pour permettre un renouvellement des cadres n’avait pas résisté à la réforme des retraites qui préconisait des allongements de carrière pour la même retraite. Si le haut de la pyramide se bouche, ce sont les nouveaux qui ne sont pas recrutés. Avec en plus la baisse des soldes et le désoeuvrement induit par la raréfaction des manœuvres, la civilianisation de certains services et l’externalisation d’autres, les militaires avaient vu leur nombre décroître, avaient subit plusieurs réorganisations s’avérant être des concentrations, avaient vu leur solde divisée par trois et avaient développé un retour aux « traditions » pour se tenir les coudes.

 

Ainsi, cette collectivité dont la cohésion était un des maîtres mots avait réussi à maintenir intactes les notions de patrie, de sacrifice, d’honneur, d’honnêteté et d’efficacité. Seulement leur « élitisme » les confortait dans leur opinion d’être les seuls dignes de reprendre les rênes du pays. Dans les rangs des officiers, on retrouvait beaucoup de personnes qui civiles aurait émigré, mais que la passion de leur métier avait retenu auprès de leurs hommes et de leurs responsabilités.

 

Au départ, il était convenu de leur faire passer la pilule qui allait les faire intégrer le ministère de l’intérieur. Afin de s’assurer de leur concours indispensable, ce fut le contraire qui se produisit. Généraux et bureaux d’études allèrent renforcer d’autres responsabilités dans d’autres cercles. Leurs qualités seraient bien utiles pour les stimuler. Les officiers subalternes prirent de hautes responsabilités et touchèrent des missions « nouvelles ». Les sous officiers progressèrent aussi grâce à la création de deux échelons supplémentaires et le recrutement fut relancé en masse avec des recrues ayant déjà des qualifications et un métier. A part les cadres dans un premier temps, les militaires devaient avoir une autre activité dans le civil. Les informaticiens passèrent tous dans le net-renseignement, le supra-net et la net-ergonomie fonctionnelle.

Ainsi, le pays était peut-être passé à coté d’une dictature militaire. Trois généraux gardant contact songèrent à prendre le pouvoir. Grâce au supra-net, ils furent repérés. Ils reçurent le récit de leur futur « adieu aux armes » d’un coté et la preuve de leur duplicité de l’autre. Ils acceptèrent donc la retraite.

 

Le reste passa sous le commandement du cercle de la défense globale, composé de civils à 80% et sous les ordres du cercle de pilotage, lui-même directement aux ordres du gouvernement et de son assemblée législative. La fonction de chef de l’état devint symbolique et celui-ci était surtout un des membre du cercle de la diplomatie. Plus de risque de coup d’état.

 

Aujourd’hui, cette armée disposait d’un centre de formation militaire des cadres à Saint-Maixent, d’une direction des personnels à Limoges, de 5 hôpitaux (Lille, Paris, Bordeaux, Lyon, Marseille), d’une vingtaine de bases aériennes de format réduit dans des hangars de l’aviation civile, de deux ports, de cinq champs de manœuvre et d’une multitude de dépôt de matériels répartis dans chaque ville, avec quelques responsables quotidiens. Mais 15% de la population entre vingt et cinquante ans était un fonctionnaire opérationnel à quart de temps minimum et connaissait un petit bout de la mission. Ils étaient mobilisables par supra-net pour une mission d’une heure à une semaine (pour l’entraînement). Ce temps n’était pas géré par le manager mais par leur hiérarchie. Et ils étaient toujours prévenus au plus juste afin de maintenir la disponibilité et la discipline. Leur travail pouvait être aussi bien un rôle de combattant, que celui de pompier, policier, sécurité civile, « observateur » …

 

C’est cette armée intégrée à la population qui allait défendre le territoire en agissant précisément là où on ne l’attendrait pas. Elle devrait même apprendre à « travailler » sans uniforme.

 

Mais, face à une armée classique, il fallait tout d’abord « céder du terrain ».

 

L’homme à la sucette prévint son interlocuteur du cercle de pilotage. Il n’avait pas l’air surprit. D’autres sources sans doute.

Aux infos, la population l’apprit dans l’après-midi, avec des précautions et déjà des consignes à suivre. Le pays tout entier se prépara alors à sa propre invasion prochaine.

 

© 2006