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03 / 04 / 2006,
19:55
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La campagne de France est terminée. Les forces alliées (à 90 %
américaines) ont pu entrer dans chaque ville sans coup férir. L’ennemi n’a pas
osé se montrer, face à la puissance de la coalition.
La consolidation de l’occupation va bon train. Les troupes américaines
s’installent en périphérie dans les zones commerciales. Elles bénéficient ainsi
des facilités d’accès et des équipements d’infrastructure (eau, électricité,
communications…), sans les inconvénients car certains commerces sont fermés
d’autorité afin que la cohue de week-end ne puisse gêner ou poser des problèmes
de sécurité. Les hangars dans un premier temps servent de baraquement. Puis
certains sont détruits et sur cette aire, les américains bâtissent en
préfabriqué de vraies bases.
Les personnels affectés à la reconstruction d’un pays en guerre vaincus
sont déçus. Pas de combats, cela veut dire pas de ponts détruits, d’usines
électriques bombardées, de routes à reconstruire, de bâtiments publics à
rénover…
Les militaires de réserve employés de la World Company, intégrés dans le
dispositif de stabilisation de la paix, ne savent comment justifier de leur
présence. Le principe « on casse tout et on prends des contrats qui seront
financés par le pays vaincu et les aides de la communauté internationale » ne
peut s’appliquer. On va donc au moins leur facturer ces camps même si ils ne
doivent pas servir longtemps, car trouver les caches des serveurs pirates ne
devrait pas être bien long.
D’autres « spécialistes » sont bien embêtés eux aussi. Ils n’ont trouvé
aucune structure de relais de télévision. Il y a bien des studios, des chaînes,
mais leur diffusion se fait sur le net. Et, de même, pas de destruction, pas de
moyen d’installer une chaîne « américaine » ou on peut orienter les programmes,
« informer » dans le bon sens et vendre du « made in america ».
En plus, les programmes de diffusion française sont à la carte, gratuits,
mais limités en volume temps par individu. Pas plus de trois heures par jour
pour un adulte normal, sauf week-end. Le temps est illimité pour les hôpitaux,
les handicapés ou les personnes en arrêt maladie. Il y a des programmes de
présentation de produits nouveaux, mais pas de publicité.
Le système d’exploitation des micro-ordinateurs français reconnaît tous
les formats de fichiers, qu’ils soient Apple ou Microsoft. Il reconnaît aussi
tous les formats vidéos sur DVD en cours sur la planète, ainsi que les formats
audio. Il se joue des DRM sur les CD et DVD de manière transparente.
Il est basé sur un Linux compatible avec tous les Linux internationaux.
Il ne semble avoir aucune instruction supplémentaire, et chose incroyable,
lorsque on l’installe, il ne fonctionne pas et ne propose rien pour être
initialisé.
Un micro confisqué à un français, coupé du net, réagit de la même
manière. Remis sur le net dans les services informatiques américains, il
auto-détruit ses données en quelques secondes.
Des français sont contraints à montrer à des informaticiens ce qu’ils
font avec leur micro. Au bout d’un moment, l’ordinateur se saborde. Et pourtant,
l’opérateur n’a fait que ce qu’on lui disait.
Des récompenses sont proposées aux « collaborateurs ». Mais à les
entendre, ils sont utilisateurs, et pas informaticiens et la maintenance de
leurs ordinateurs se fait via le net de façon transparente pour eux.
On s’attaque aux très nombreuses FAI, soupçonnées de maintenir les
serveurs pirates. Même si on y trouve des fichiers type freenet, il semble que
les stopper n’ait aucune action sur le net global. On pense à un système raid
entre serveurs. Les informaticiens légaux en entretiennent un qui met à jour les
autres et qui prennent le relais en cas de panne. Certaines actions de
maintenance, lancées sur un, pourraient agir sur deux ou trois serveurs distants
du même domaine. Mais les DNS sont cryptées. Enfin, après quelques
manipulations, les serveurs tombent d’eux-mêmes, comme morts, coupés de l’arbre.
Beaucoup d’hypothèses donc et aucun résultat, ni pour diffuser, ni pour
infiltrer.
Le pire, c’est que les ordinateurs avec Windows TZR peuvent se connecter
sans aucun problème. Les transmissions sont justes un peu espionnées comme on a
pu vite le constater. Mais les soldats pour communiquer avec le pays ont besoin
d’un net et les satellites ne peuvent suffire. Il faut donc s’appuyer sur le
réseau français. L’utilisateur a le choix de la langue, et surtout, les sites,
en plus des nombreux produits piratés (jeux, vidéo, audio, logiciels…) et de la
téléphonie illimité gratuite vers les états unis, proposent énormément
d’attractions par région. Chaque bar, boite de nuit, restaurant, hôtel, lieu
touristique a son commentaire, ses tarifs, son calendrier de spectacles et de
manifestations. Tous les soirs, il y a quelque chose à faire. Les taxis,
certains de véritables minibus, attendent les jeunes soldats à l’entrée du camp
chaque soir pour les emmener en ville à un prix dérisoire… Impossible de
supprimer cette liaison net ou de retenir les jeunes au quartier le
soir.
Les retombées économiques de la guerre au profit de l’envahisseur : zéro.
La guerre de l’information : zéro. La réussite de la mission : zéro. La guerre
psychologique : moins un.
La décision est tout de même de s’installer et de découvrir la faille.
Celle-ci ne peut se trouver dans les immigrés qui reprennent le pouvoir car ils
sont trop coupés de la population.
Il faut donc trouver les pauvres, les sdf, les drogués, les mafieux, les
repris de justice, les vénaux, les fous, les contestaires, voire les jeunes
révoltés et les interroger . Ils sauront dire ce que les autres cachent
.
Et voilà que la chance sourit aux américains.
Les avions à très haute altitude et les satellites avaient repéré des
quartiers hautement protégés isolés. Ils avaient été pris pour des installations
militaires sensibles. Impossibles à bombarder cause défenses anti-aériennes non
localisées et très efficaces. On y envoie donc une compagnie d’élite
parachutiste, la « Fizzy Company » appuyée par une colonne de chars.
A coté de quartiers assez aisés type universitaire, il y avait, dans un
petit secteur de deux hectares 150 prisonniers qui vivaient dans des conditions
sanitaires repoussantes. Ces hommes dans des tenues déplorables erraient comme
des zombies. Voilà donc où la France avait éliminé ses opposants. Lavés,
épouillés et habillés après avoir été filmés sous toutes les coutures par le
service d’information audio-visuel, ils sont interrogés un par un tandis que
déjà, les images sont montées et distribuées dans le monde entier. Cette honte
en pleine vieille europe scandalise le monde entier. La France se retrouve au
ban de la communauté internationale. Déjà, on parle de charniers, mais on
n’avance encore aucun chiffre tellement ceux-ci pourraient être démesurés. Il y
aurait des hectares de forêt à fouiller.
Les prisonniers racontent. Les brimades, les sévices, leur arrestation
arbitraire, leur détention sans espoir. Un vrai remake d’une époque
sombre.
Les journalistes en font leurs choux gras. Une équipe des Renseignements,
commandée par un jeune major vétéran de la guerre en Irak vient sur place. Il
les écoute. Ceux-ci lui demande de pouvoir fuir à l’étranger. Ils risquent leur
vie en France. Il le leur promet solennellement devant les caméras. L’Amérique
va recueillir ces exclus, leur redonner un travail, une dignité, une nouvelle
vie. Le lendemain a lieu une grande cérémonie où on leur remet leur green
card.
Avant de partir pour l’aéroport de Bordeaux, le major DAD les réunit dans
un hangar pour qu’ils changent leur tenue de prisonnier par une tenue civile. Il
s’aperçoit alors de son erreur, à la découverte de nombreux tatouages sans
équivoque. Il maudit les médecins qui les ont examinés et qui n’en ont pas parlé. Il rend compte à son supérieur à Paris.
« Trop tard, ils sont attendus à New York ».
La cérémonie à New York sera annulée durant le voyage en avion sous
prétexte de grippe diplomatique du Président. Et surtout, il a fallu expliquer
aux derniers survivants de l’holocauste, ainsi qu’à Steven Spielberg et à Woody
Allen que ces « survivants » étaient des imposteurs. Du genre à vouloir nier
certaines choses et à en inventer d’autres
Les français proposèrent aux Américains d’en accueillir encore quelques
uns, qui eux aussi avait choisit d’être irrécupérables pour leur société mais
qui étaient prêts à retourner servir leurs patrons expatriés . Ceux ci voulurent
stopper les frais, mais les français leur proposèrent un camouflet ou un vrai
scandale. Ils prirent donc les quatre autres lots, mais les envoyèrent sur
Guantanamo. Une fois débarqués là-bas, comprenant que les américains les avaient
trompés, les nazillons se révoltèrent. Il y eu de nombreux morts, parmi les plus
mauvais finalement car une bonne partie n’avaient feint la révolte que sur
ordre. Les survivants choisirent de renier leur idéologie. Ils en avaient trop
souffert finalement et ils ne pouvaient plus espérer la clémence qu’ils aurait
eue en France si il l’avait fait plus tôt. Apprenant les faits, et le scandale
ayant quand même bien éclaboussé les américains, les français bons joueurs les
soulagèrent ensuite de leurs prisonniers, demandant leur retour dans les centres
de rééducation, dans des quartiers plus décents puisque ils avaient décidés
d’être « raisonnables ».
L’homme à la sucette les attendait, discrètement, pour ne pas se faire
repérer par les américains qui occupaient encore les centres, espérant trouver
des traîtres parmi les associaux encore détenus.
Il restait encore des « binoclards » formés au supra-net, même
sommairement , qui se promenaient quelque part dans la nature et cela
l’inquiétait beaucoup. Il ne fallait pas que les américains les trouvent avant
lui. Les repentis pourraient peut-être encore lui fournir quelques détails qui
pourraient permettre de mettre le grappin sur le reliquat dangereux et surtout
sur son ou ses coupables.
L’homme à la sucette se permit de « sympathiser » avec le major DAD, un
soldat droit et un adversaire respectable, un peu crédule quand même, comme tout
américain normal. Il lui offrit même une de ses sucettes et accepta un
chewing-gum en échange.
En ce début d’occupation, la guerre d’usure venait de commencer. Un mois
plus tard, sur les brochures de tourisme éditées pour l’été 2015, on pouvait
lire
« La France, ses sites exceptionnels, l’accueil de ses habitants, sa
douceur de vivre et ses camps » avec en arrière plan … une base
américaine.
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