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14 / 04 / 2006,
17:39
Avertissement avant
lecture
Le choix du Médoc permet de ne pas toucher à des susceptibilités
régionales autres qui ont été tentées par des « autonomies ». En plus,
c’est une région où j’y ai quelques racines. Malgré tout, je n’épargne pas le
chauvinisme, ni la chasse et la beauf attitude qui sont des qualités trop
répandues à mon goût, mais dont le Médoc, rural, n’a pas l’apanage pour autant.
J’espère aussi contribuer au tourisme de cette région magnifique, qui n’a
pas le caractère starifié de la côte d’azur mais qui est une superbe destination
familiale. (Euh, oui, je disais, le chauvinisme, c’est pas bien…)
4 Juin 2015.
Un an déjà. Triste anniversaire pour dimanche. La présence américaine a
été bien gérée pour éviter des bains de sang et la fin de la Net république. La
clandestinité du système politique et décisionnel lui permet même d’évoluer dans
le cœur des français.
Les sondages quotidiens sur le Net sont éloquents. La population s’est
habituée à l’occupant sans pour autant oublier la menace qu’il représente. Et
elle congratule cette gouvernance qui permet à chacun de vivre normalement
malgré l’occupation. Le chômage n’existe pas, le travail à la carte permet à
chacun de vivre, selon ses ambitions et ses goûts, même si l’espoir de devenir
très riche et de se la couler douce est inexistant dans un tel
système.
Les théories épicuriennes gagnent l’ensemble de la population avec leur
valeur première : savoir apprécier les plaisirs simples. Le moral est donc bon,
en général.
Mais pour l’homme à la sucette, entièrement dévoué à sa mission de
l’ombre, le stress guette. Les troupes américaines d’occupation se relâchent. Le
haut commandement du renseignement s’arrache les cheveux, mais leur
détermination à détruire le système d’information supra-net est toujours aussi
forte. Des informaticiens pris au hasard dans la population française sont tous
les jours inquiétés. Ils espèrent que l’un d’entre eux craque et livre des
informations vitales. Leurs groupes de combat s’invitent de plus en plus souvent
dans les bâtiments pour « saisir » des ordinateurs. Des véhicules patrouillent
en espérant espionner des flux d’informations anormaux (quantité, contenu). Il a
fallu équiper en catastrophe tous les écrans plat d’un film plastique
anti-rayonnements afin de contrer un certain matériel d’observation de ceux qui
permettait de voir dans la fourgonnette, ce qu’il y avait sur l’écran de
l’opérateur piraté.
Son équipe rapprochée est au top. Les diverses équipes du service aussi.
Son adjoint lui a insidieusement fait comprendre que des vacances pour lui
feraient du bien aussi aux autres. Il a quand même fallu l’intervention de son
supérieur, qui l’a invité dans un restau tranquille pour lui souhaiter un bon
séjour à Montalivet.
Pourquoi Montalivet ? « Vous serez au camp de naturistes. Impossible de
trimballer un portable, une arme, un stylo… pensez à faire vider votre dent
creuse de son cyanure avant de partir… »
La plaisanterie passée, et le mois de Juin étant peu favorable malgré
tout à la mise à nu complète, il est tout de même envoyé dans un bungalow de la
Base Départementale de Sport et Loisirs de Bombannes. Il y a la mer, le lac
d’Hourtin, les dunes, un petit village sympathique (Carcans) et touts les
installations pour faire du sport ou se distraire.
Bordeaux n’est qu’à 40 Km. On pourra lui envoyer un hélico si besoin
est.
En début de saison, il va vraiment pouvoir se reposer.
8 juin 2015
« Bonjour Lieutenant, comment çà va ?
- Bien major. Je vous remercie.
- Je vous ai fait venir à Paris pour vous confier une mission
importante.
- …
- Une personne que je pense avoir déjà croisée serait en vacances dans un
lieu … disons sensible. Nous ne savons pas ce qu’il sait. Par contre, après
quelques recherches sur son compte, nous trouvons moins de renseignements que
pour une personne normale, et beaucoup de données constatées fausses.
-…
- Cette personne semble avoir les activités normales d’un vacancier. Nous
ne disposons pas d’agent féminin assez française d’apparence pour le séduire, et
donc le surveiller au plus près.
Nous avons donc pensé à vous.
- Dans quelle mesure Major ?
- Dans votre état, vous ne pouvez inspirer la méfiance. De plus, si vous
partez en vacances avec votre am.. ami français, ce sera plus facile encore et
très crédible. Vu le peu de monde sur place, il vous sera facile de sympathiser
avec lui, et donc de l’avoir à l’œil.
- Vous m’offrez donc de partir en vacances ?
- Exactement. Mais soyez extrêmement vigilante. Vous ne devez pas griller
votre couverture. Votre petit ami si utile ne doit se douter de rien. C’est la
première fois que vous allez vivre ensemble 24 sur 24. Il ne doit rien savoir de
votre emploi.
- Il pense que je suis en contact avec leurs collectivités locales pour
des problèmes d’intendance…
- Très bien. Cette mission devrait pour vous ne vous concerner que pour
l’observation. Nous avons des agents là-bas. Il ne vaut mieux pas qu’ils
s’approchent. Mais ils peuvent vous aider dans les cinq minutes. Pour les
détails, vous trouverez tout dans le dossier
- Merci Major.
- A propos Véra ? Vous permettez que je vous appelle Véra ? Votre père
est-il au courant ?
- Non, Major. Je crois qu’il ne le supporterait pas. Et je serai
contrainte de rentrer au plus vite.
- Vous en êtes à moins de 15 semaines. En suisse, vous pouvez
…
- Pas question Major. Je sais que mon père n’approuverait ni le gendre,
ni l’enfant, mais il est aussi anti-avortement. Et je n’ai pas été violée. Il
m’a juste caché l’incident sur le moment et je n’ai pas pu faire le nécessaire
le lendemain. Mais je ne lui en veux pas…
- Je souhaite que vous ne le regrettiez pas Véra. Bonne
chance.
- Merci Major. Et si je peux vous aider à coincer votre français, ce sera
avec plaisir. »
Même jour, une heure plus tard, chez Franck
« Désolé de t’interrompre durant les infos, mon garçon, mais il y a du
nouveau
- Pas de problème Chef.
- Ta dulcinée va te proposer un petit voyage dans le médoc. Deux semaines
environ.
- Que va-t-on y faire ?
- Officiellement, des vacances. Mais en fait, elle veut surveiller
quelqu’un.
- Qui est-ce ?
- Quelqu’un d’important, en vraies vacances. Et pas de chance, il a fallu
qu’on l’envoie se reposer au mauvais endroit.
- Pourquoi n’irait-il pas ailleurs ?
- Parce qu’il est repéré à cause de quelque chose qu’on ne sait pas ce
que c’est, et qu’on voudrait bien savoir.
- Il est au courant de ses ennuis ?
- Aucunement. Primo, en aucun cas il ne faut qu’il change sa façon
d’être. Les autres pourront ainsi croire qu’ils se sont trompés. Et secundo, il
est en vacances. Son adjoint a bien insisté pour suivre cette affaire à sa
place.
- Les risques ?
- Cela dépend de la taille de la poudrière. Mais mon garçon, ne
t’inquiète pas pour ta Véra. Elle est de leur coté. Et toi, ils te prennent pour
le dernier des péquenots, sauf ta bien-aimée qui est bien accrochée.
- On sait comment ils visent. Et puis, pour faire plaisir au
père…
- Ne sois pas si pessimiste. Le problème, c’est que tu ne peux pas
emporter d’armes. Mais tu auras des ange-gardiens qui vous surveilleront, de
loin, lui, elle, et toi.
- A priori, il n’y aura jamais eu autant de monde en « morte » saison à
se promener dans les bois.
- Sois prudent quand même. Les chasseurs de tourterelles du Médoc sont
réputés pour leur viandartise. Là bas, seulement une ferme sur dix a le Net. Ils
votent encore avec des urnes et il y a un parti indépendantiste Chasse Pêche et
Partition. Ils prônent un Médoc Libre avec le droit de chasser en toutes
saisons, d’avoir son 4x4 personnel et autres débilités de ce genre. Leur
capitale déclarée est Lesparre, ancienne sous-préfecture, avec sa « Tour de
l’Honneur ». Depuis cinq ans, malgré le calme apparent, parce que le Net Conseil
préfère laisser le temps faire son ouvrage, ils vivent à l’ancienne parce qu’ils
n’ont pas voulu participer à la « Mutation ». Ils ont récupéré les terres qu’ils
avaient vendues à la World Company et tirent des bénéfices de leurs quelques
grands crus à l’étranger.
- Pourquoi le « ponte » passe ses vacances là-bas ?
- Il était du coin… il y a longtemps. Et même si il les appelle parfois «
les médocons », il semble y passer de bonnes vacances… jusqu’à maintenant.
»
Au même instant, l’homme à la sucette venait de remonter sur la dune. Du
haut de celle-ci, il contempla la plage, déserte à perte de vue. La marée était
basse et les nombreuses baïnes, plus foncées étaient bien visibles. Sur leurs
cotés, les vagues s’étalaient en longs pétales aux franges d’écume. L’air était
empli des vibrations de l’océan et il était un peu ivre encore de sa pureté.
L’Amérique était droit devant, cinq ou six mille kilomètres plus loin. Un
blockhaus au trois quart ensablé, tout aussi inutile que soixante ans
auparavant, accomplissait lentement son long périple vers le fond de l’océan. Il
tourna les talons et au bout de quelques pas, il sentit la forte odeur de la
résine des pins maritimes. Il emprunta un sentier, qui le conduisit à la piste
cyclable. Quand il reprit son vélo, il entendit une branche craquer mais n’y
porta aucune attention. Il ne remarqua pas non plus l’éclat indiscret d’un des
deux vélos, dissimulés trente mètres plus loin, derrière lui, qu’un des deux
hommes qui le suivaient venait de sortir de derrière les fourrés de bruyère et
de genêt.

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