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19 / 04 / 2006, 19:12

Escapade

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Véronique a le sourire aujourd’hui. Elle a une surprise pour Brian, dont c’est l’anniversaire. C’est dur d’offrir quelque chose à un prisonnier. Et heureusement, Brian est un prisonnier modèle.

 

Cet américain l’a d’abord séduite par son physique sympa. Elle qui n’est pas grande a une préférence pour les hommes à peine plus grand qu’elle. Et c’est un des rares Gi à être taillé comme un chat sauvage. Tout en finesse, des muscles longs, et pourtant, juste 1,72 m.

 

Ensuite, par ses études. Brian est un littéraire. Elle se demande ce qu’il fait à l’armée. Mais pour lui, c’était un job qui lui permettrait de voyager. A part pour le débarquement, où il aurait du faire « le coup de feu » comme les autres, il a un travail de stratif. L’armée lui apparaît même plus juste que le reste du monde du travail, ou il faut trimer au rendement pour un salaire de misère. Et il est payé pour faire du sport et des stages. Il a même son permis de conduite de char de combat. Elle lui a demandé d’en ramener un perso, mais il n’a pas saisi l’allusion.

 

Enfin pour son humour. Mais çà, c’est elle qui l’inspire. Brian est du genre réservé. Mais Véronique est bon public et il invente un tas de petits trucs pour la faire rire. A cause de sa connaissance partielle du français, il est tombé au début dans des quiproquos équivoques. Mais aujourd’hui, il en joue avec finesse.

 

Ce midi, donc, elle lui a dit de s’offrir une tenue civile correcte pour sortir. Elle lui offre le restau en ville. Chemise et cravate obligatoire, même si le style est cool. Elle n’a pas dit pourquoi.

 

Brian joue le jeu. Mais il n’y crois pas . Il pense plutôt à un dîner en tête à tête dans un coin du réfectoire avec un petite amélioration qu’elle aura réussi à organiser. Il apprécie tout de même l’attention. Cela fait six mois environ qu’il est prisonnier. Une éternité qui lui pèse tout d’un coup. Malgré le sport, malgré le net, malgré les sorties sur le toit, malgré le foyer et son mini-marché, malgré Véronique, il est tout de même un prisonnier. Et pour s’évader, ce soir, ce sera avec un peu d’alcool et beaucoup de nostalgie quand Véronique sera rentrée chez elle.

 

Mais à 18 heures, Nathalie entraîne Brian dans un autre secteur.

Là, ils ont rendez-vous avec un haut responsable.

 

« Brian, à la demande de Mlle, j’ai étudié votre dossier. Et j’émets un avis favorable à un essai. Il va s’en dire que vous portez sur vous la responsabilité du futur de certains de vos camarades. Nous allons vous laissez sortir pour une permission ce soir.

- Thank you, euh merci, merci monsieur.

- Il y a quand même des restrictions assez draconiennes

- Je me doute Monsieur

- Vous allez devoir porter un dispositif assez contraignant sur vous. Une sorte de dispositif anti-évasion

- Oui Monsieur

- Le voici »

 

L’homme sort alors une sorte de collier métallique, assez lourd.

 

« Voici ce que vous devrez avoir sous le col de votre chemise. Il s’agit d’un collier étrangleur. Il se déclenche quand il est éloigné de plus de 10 m de ce collier ci »

 

Il en ressort un autre, très fin.

 

« De plus, si ce collier est arraché et que le fil cède, l’émetteur cesse son émission et votre collier se déclenche. Il y a aussi un petit bouton ici, qui éteint l’émetteur. Dans les deux cas, c’est la mort par asphyxie et vous ne pourrez pas parler durant votre agonie »

 

Brian est stupéfait. Sa vie ne tiendrait vraiment qu’à un fil ce soir. Mais la tentation est forte. Et il accepte les conditions. Il ne doit pas tenter de courir vers des soldats américains, de laisser un message par terre…Et il lui faudra se retenir pour les toilettes…car Véronique au moindre doute actionnera le collier.

 

A peine la porte franchie, Brian oublie le collier. Sa main serre celle de Véronique quand il respire l’air de la liberté. Elle le tire un peu pour l’encourager à avancer. Ils sont dehors, ils ne doivent pas paraître suspects.

La première chose qu’ils font est d’aller boire un verre. Brian découvre qu’il n’est plus à Paris, ce dont il aurait du s’apercevoir sur le toit, mais qu’il n’avait pas pensé à vérifier. Il préfère ne pas poser de questions, afin que Véronique ne se méprenne pas.

 

Il regarde passer les patrouilles régulières mais ne compte pas trouver un visage connu. Celui ci pourrait signifier une mort atroce. Véronique est un peu tendue, et c’est à lui à la rassurer. Il se lève à moitié et l’embrasse par dessus la table. Il parvient ainsi à lui faire revenir un petit sourire.

« Dont worry dear… je n’essaierai pas de m’échapper. Je suis si bien avec toi.

- Tu ne m’en veux pas trop ?

- Tu fais ton devoir non ?

- Seulement mon devoir tu crois ?

- Tu joins l’agréable à l’utile ?

- Prétentieux !

- Oui maitresse ! »

 

Elle pouffe. Lui aussi préfère en rire. Et puis, elle s’est mise en quatre pour lui. Elle a mis un jean, des petites bottines noires. Elle au aussi un trench coat en cuir noir et dessous, une chemise brodée largement ouverte. Même si les filles en uniforme peuvent avoir l’air sexy quand on y regarde à deux fois avec un peu de dérision, rien ne vaut une fille qui sait s’habiller.

Et même se maquiller. En la dévisageant, Brian voit ce fil si fin à son cou gracile. Elle l’a caché avec un autre collier. Plaqué ou massif, il lui va bien. Lui aussi aurait envie de lui faire un cadeau. Mais ce genre d’articles n’existe pas au foyer et son argent n’est pas disponible à l’extérieur du « centre ».

 

Il pose quand même la question anodinement.

 

« Supposons que je veuille acheter quelque chose à l’extérieur, ou t’offrir des fleurs, pourrai-je le faire la prochaine fois ? »

 

Véronique se sent gênée. Il n’est pas encore question de prochaine fois. Elle est seule, avec le concepteur du collier, à savoir que Brian est dehors ce soir. Si il arrive quelque chose, elle risque gros. Elle a trafiqué le contrôle des sorties qui aurait du déclencher l’alarme quand la mini-puce injectée sous la peau de Brian (implantée à son insu lors de sa capture) a franchi le portique de sécurité de l’entrée. D’une certaine façon, elle l’a fait s’évader ce soir.

 

Elle préfère détourner la conversation. Avec un léger voile devant les yeux, elle le regarde langoureusement

 

« Tu m’offrirais des fleurs ?

- Tu préfèrerais des bonbons ?

- Des chocolats alors ! »

 

Un ange passe. Brian sent bien l’étrangeté de la situation. Son collier le serre tout d’un coup. Il n’a pas envie de s’évader, pas envie de trahir son amie. Mais son devoir serait de le faire. Après tout, il est très bien ce collier qui lui évite de céder à la tentation.

 

« La gourmandise est un mauvais défaut. Et si nous allions manger ?

- Tu préfères quoi ?

- Je suis sûr de la haute qualité gustative des plats français, mais j’ai envie de hamburgers et de muffies.

- Depuis votre arrivée, il y a plein de QuickMac ouverts exprès pour vous. Tu euh… c’est plein d’américains.

- Ou tu veux alors. Un coin tranquille.

- Un restau italien ?

- Ok, j’adore les pizzas.

- Et moi les spaghetti » répond la belle.

 

La soirée se passe merveilleusement bien, romantique à souhait. Et c’est l’estomac bien calé et amoureux que les deux tourtereaux reprennent la direction du centre, sans un mot. Ils marchent côte à côte à la lumière blafarde de l’éclairage public. De l’autre coté de la rue, une patrouille américaine regarde Brian avec envie et poursuit son chemin.

 

Et au carrefour, un gamin d’une douzaine d’année surgit de l’ombre et arrache le collier en or de Véronique. Ce faisant, il brise le fil de l’autre. Véronique est d’abord choquée par ce vol. La délinquance avant l’invasion avait été réduite à zéro. La réintroduction d’argent liquide à cause des américains a finit par la faire renaître de ses cendres.

 

Mais Brian se tient le cou, désespéré. Son visage tourne au cramoisi. Véronique le jette à terre, le met sur le ventre, dégrafe une attache dissimulée à l’arrière de son collier, tire sur une goupille et celui-ci se détache du cou de Brian. Il était temps. Alors qu’il se relève péniblement, la patrouille a fait demi-tour et vient vers eux. Brian leur fait face, avance.

 

Dans son dos, Véronique à mis la main dans la poche droite du trench coat. Sa petite main serre la crosse d’un pistolet automatique de 9 mm. Il est chargé, sécurité ôtée. Après lui avoir sauvé la vie, elle va devoir l’abattre.

 

Les secondes s’étirent. Elle hésite. Elle a des flashes de cette soirée. Brian si attentionné. Brian heureux. Brian qui l’embrasse. Sans quitter sa poche, sa main dirige le canon vers le dos de Brian à 5 m.

 

« Ok ok All right for me . But this boy has stolen my girl friend. Quick, run after him !

 

- We aren’t here for this. Sorry. Good evening”

 

Brian se tourne vers Véronique. Elle a les bras ballants. Elle est en larmes. Il la serre contre lui, lui chuchote à l’oreille.

 

« Rentrons. J’ai eu mon lot d’émotions pour ce soir ».

© 2006