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20 / 04 / 2006,
19:47
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Encore un long trajet pour Franck et Véra. Cette fois, c’est elle qui
fournit la voiture. C’est une classe trois, et au régime moteur, Franck
appréhende. Les voitures réquisitionnées par les américains passent à la «
révision » avant. Quelle panne va t-il leur arriver ? Les américains croient que
la France est un pays qui abandonne le système automobile et que le parc se
dégrade petit à petit, et tout est fait pour les conforter dans cette
opinion.
Les pneus ne sont pas de la première fraîcheur. Sûr que la clim ne
fonctionne pas. Sinon, Franck ne s’inquiète ni pour les airbags, ni pour les
freins. Malgré le manque de confort, le pot bruyant, les vibrations parasites,
la voiture est parfaitement sûre au niveau sécurité.
Mais Franck s’inquiète pour rien. Quand Véra est venue chercher la
voiture, le garagiste a reconnu la p’tite dame de la voiture pipo. « Une
dernière vérification. Vous prendrez bien un café ? » et un de ses adjoints a
resserré la fixation des carburateurs et remis des bougies neuves pendant ce
temps là.
Toutes les affaires de Franck tiennent dans une valise. Le reste du
coffre est occupé par celles de véra. Mais Franck devra acheter les affaires de
plage sur place. Car c’est la première fois qu’il y va. Dans les landes, il n’a
pas profité de la mer à seulement quatre kilomètres du camp. Réservée aux
membres des familles de surveillant et d’instructeur.
Il sait d’ailleurs à peine nager et a un peu peur d’être
ridicule.
Au départ, Véra lui cède le volant. Il apprécie. La route va être longue.
Ils sont d’accord pour partager les temps de conduite afin de s’arrêter un
minimum.
Des vacances. Pour Franck qui ne connaît que les vacances scolaires à
traîner dans sa zone, ou de courtes période de repos à rester au lit ou à
déambuler en ville, c’est un peu magique. C’est magique d’ailleurs depuis qu’il
a rencontré Véra.
Il introduit la destination finale. L’ordinateur de bord lui indique les
étapes à suivre, et les temps de repos obligatoires, même pour deux conducteurs.
Il y a 650 km à parcourir et il n’arrivera pas avant ce soir 19h 30. Il peut
arriver après (cause redémarrage tardif, mais pas beaucoup avant). Chaque étape
fait environ deux heures. Puis il y a vingt minutes de repos.
La voiture ne repartira, à l’arrivée d’une étape, qu’après un quart
d’heure d’arrêt, et pas avant l’heure programmée de redémarrage. Ainsi, il est
inutile de vouloir gagner du temps en roulant plus vite que la vitesse moyenne
autorisée.
C’est quand même plus agréable de rouler ainsi qu’avec une passagère avec
un sac à papier sur la tête. La circulation est bonne et en cours de
conversation, Franck trouve le temps de détailler Véra . Assise, son état
commence à être plus visible au niveau du ventre. Son amour pour elle évolue ses
derniers temps. Il ne s’agit plus d’une passion folle exacerbée par une
excitation sexuelle à satisfaire immédiatement. Une forte tendresse l’étreint et
il a envie de la protéger et de l’aimer pour toujours. Il a envie de rester
ainsi à la regarder, l’écouter…
« HEY ! » Coup de frein, ouf. D’où il venait ce …
« Are you crazy ? Stop sleeping now ! What the matter with you ?
You want to kill us ? … I want driving. You’re
dangerous.
- Du calme. Tout va bien !»
Mais elle n’en démord pas. Quelle furie ! Qu’elle le prenne le volant. Il
s’arrête et ils échangent leur place, en passant par l’extérieur. Véra conduit
sans dire un mot. Lui, piqué au vif, se plonge dans la carte. Ils n’ont pas fait
30 bornes. Ca va pas être gai le trajet maintenant. Il la plie sauvagement et
regarde le bord du route, histoire de ne pas voir sa compagne.
C’est vrai que c’est pas passé loin et qu’il a été un peu distrait. Elle
a eu peur, c’est tout. La colère retombe petit à petit. Ils s’en tirent pas mal
pour leur premier accrochage, euh, l’accrochage, ils l’ont déjà eu, on va dire
dispute. Véra est dans le même état d’esprit. Un petit quart d’heure plus tard,
elle s’arrête à une station service, prétextant une envie pressante et lui
demande de prendre deux cafés au distributeur automatique. Ceux-ci vont sceller
leur réconciliation et Franck récupère le volant, plus attentif cette
fois.
Ils passent Saint Etienne, la ville du numérique. Depuis l’explosion
nocturne de la mairie en septembre 2006 et la démission de son Maire Sénateur ,
la ville a fait construire une nouvelle mairie ultra moderne jouxtant un centre
dédié à Internet ( et aujourd’hui fermé par les américains). Le centre devait
initialement être consacré au logiciel et le Stade Geoffroy Guichard être
rebaptisé « Bill GATES », mais la fuite sous d’autres cieux plus cléments du
Maire Sénateur a légèrement modifié la donne. L’ASSE joue et gagne au Stade
Michel Platini et les internautes se connectent sur www.net-escapade.org, car un
serveur clandestin subsiste.
Puis, ils prennent l’autoroute, pour plus de sécurité. La vitesse est
limité à 110 par endroits, à 130 ou 150 voire 180 à d’autres, en fonction du
danger (Par exemple, une bretelle ou une aire d’autoroute). Cette vitesse
variable permet d’éviter l’endormissement et de gagner du temps là ou il n’y a
aucune raison de traîner. Néanmoins, il est interdit de rouler à moins de dix
kilomètres heures de la vitesse limite autorisée sur la voie de l’extrême
gauche, sauf en cas de forte circulation. Les ordinateurs de bord sont donc
informés de cette décision par émission radio-net, le réseau wifi prévu pour les
longues distances .Cela a été rendu possible aussi par l’interdiction pour les
camions de prendre l’autoroute. Remorques et caravanes sont aussi interdites.
Pour eux, des nationales ont été aménagées, sur lesquelles on ne doit pas
dépasser le 100 à l’heure.
Aux abords des grandes villes, ils sont contrôlés à des barrages
américains, ce qui réduit de beaucoup l’intérêt des autoroutes en terme de
vitesse.
A proximité de Clermond-Ferrand, ils font une première halte obligatoire
sur une aire d’autoroute et en profitent pour déjeuner. Puis marcher car Véra se
plaint du dos.
Comme tout le monde, ils ralentissent au passage du viaduc de la Sioule,
ouvrage impressionnant, pour admirer un court instant la profonde vallée qui
s’étale jusqu’à 192m au dessous d’eux. Sur prés d’un kilomètre, Franck reste
crispé au volant tout en suivant la légère courbure de l’ouvrage et souffle dés
le retour « à la terre ferme »
Presque deux heures plus tard, ils choisissent de s’arrêter dans le
centre de Brive la Gaillarde, qu’ils sont obligés de traverser. Ils en profitent
un peu pour se promener dans le centre historique, achètent des Chocolats de
monsieur Lamy. Et Véra insiste pour visiter le musée d’art et d’histoire qui
présente, à travers dix sept salles d’exposition permanente, l’histoire des
Corréziens et de leur environnement sur 100.000 ans. Situé dans un bâtiment
datant de la Renaissance, la visite du musée, au sein de l’Hôtel LABENCHE,
marque profondément la mémoire de Véra, déjà passionnée par l’histoire de la
société française (qu’elle a étudiée avant de s’engager). Franck s’impatiente.
Ils vont devoir finir le trajet de nuit si ça continue.
Ou dormir à Bordeaux. Mais Véra se souvient de sa mission. « Promis, on
ne fera plus que les haltes obligatoires maintenant » lui dit-elle comme pour
lui faire plaisir. Il est vrai que les corréziens ne sont pas exactement les
ancêtres de Franck. Et quelque part, le rejet de cette histoire dont il ne fait
pas partie, alors que Véra le voit comme un français, éveille en lui de
nouvelles aspirations.
A Bordeaux, Franck est impressionné à nouveau par la traversée du pont
d’Aquitaine. Car cette fois, l’ouvrage n’est pas posé, mais suspendu à de hautes
colonnes, et il faut monter puis redescendre par dessus la Garonne. Véra
commence à apprécier le coté touristique du voyage, même si la fatigue se fait
sentir.
Cette fois, ils s’arrêtent en bord de route et en profitent pour acheter
melons, pêches et tomates à un maraîcher d’Eysines. Prenant la direction de
Castelnau du Médoc, après la boite de nuit récurrente « L’Ecureuil » ils voient
leurs premiers pins maritimes.
1 km plus loin. Check point. Il est tenu par une section de marines,
appuyée par un vieux char Bradley M3 et les 3 hommes nécessaires à son
fonctionnement. C’est l’entrée « officielle » du médoc.
Il y a une guérite avec deux civils, 500 mètres plus loin. Ils
enregistrent sur un cahier le passage du véhicule et de ses occupants. Le médoc,
enclavé entre la mer et l’estuaire de la Garonne ne reconnaît ni le gouvernement
déchu par les américains, ni le nouveau, et réclame son autonomie. En attendant,
l’obtention d’un titre de séjour d’une semaine, établi sur un guichet en bord de
route, pour une durée d’une semaine pour deux personnes est subordonnée au
paiement immédiat d’une taxe, en liquide.
Toute personne non détentrice du « laissez-passer » surprise dans les
limites du médoc, serait fortement taxée et surtout emprisonnée durant une
semaine, ce qui peut rallonger désagréablement les vacances. Véra est outrée de
la grossièreté des « préposés » durant les formalités et choquée par la crasse
du poste. Mais, c’est ça ou rebrousser chemin. L’air lubrique de l’un d’entre
eux lorgnant les formes de Véra fait aussi serrer les poings à Franck mais le
regard de celle-ci lui intime gentiment de se taire.
Quand aux fruits et légumes achetés un quart d’heure plus tôt, ils sont
confisqués de fait car la taxe pour les faire entrer dans le médoc est
supérieure au prix d’achat d’un produit équivalent. « Consommez médocain ».
Heureusement pour eux, ils n’ont pas de vin dans leurs bagages.
Castelnau, Brach, Carcans, Maubuisson . Ces petites étapes d’une dizaine
de minutes, malgré l’état déplorable de la chaussée, scandent la monotonie du
trajet. Ils atteignent le lac, le longe, puis quittant Maubuisson, tournent à
droite pour rallier la Base de Sports et Loisirs de Bombannes.
Les formalités d’accueil sont courtes et le personnel sympathique. On
leur indique leur appartement, au nord de la base, en bordure de lac et leur
long périple prend fin.
Franck décharge tout en dix minutes tandis que Véra prépare la chambre.
Ce soir, ils iront dîner en ville et se coucheront tôt.
En sortant, Véra aperçoit déjà l’homme à la sucette, rentrant
manifestement de la plage.

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