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21 / 04 / 2006,
20:20
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Elsa est séparée de Christian dés l’arrivée dans le camp américain. Elle
est conduite dans la pièce d’un bâtiment préfabriqué où elle doit se laver,
enfiler des vêtements oranges et remettre toutes ses « affaires personnelles »
au fourrier.
Après avoir voulu refuser tout en bloc, un sergent lui fait lire un
document sur lequel figure l’autorisation pour l’Armée américaine d’emprisonner
tout fauteur de troubles sur le territoire français. Cette autorisation émane du
gouvernement fantôche qui ainsi laisse les mains libres à l’envahisseur pour «
pacifier » le pays, ou plutôt le soumettre.
Elsa, toute innocente qu’elle puisse être, comprend qu’elle est dans de
beaux draps. Avec ce papier, les américains peuvent se permettre quasiment
n’importe quelle incarcération arbitraire.
Elle demande néanmoins à voir et pouvoir conserver un exemplaire de la
partie du texte de loi définissant ses droits. Le sergent lui répond qu’en
France, nul n’est censé ignorer la loi, et dommage pour elle si elle ne les
connaît pas. « Vae victis » pense Véra, même si elle sait que le combat est en
cours et que ce sont les américains qui perdront cette guerre de toutes façons.
Elle éclate en sanglots espérant attendrir le sergent, réclamant la présence de
son mari, rappelle que sa fille a besoin d’elle mais en vain. Le sergent la
prévient que si elle ne se lave pas elle même, deux filles de leur équipe de «
soccer » vont s’en charger. Et le caporal féminin présent ne doit pas la quitter
des yeux.
Elsa se sent humiliée de devoir ainsi agir devant une autre, qui lui
demande de « frotter plus fort et partout ». Elle a sa petite revanche lorsque
elle la voit lorgner sur sa lingerie. Il faut dire qu’elle l’a choisie juste
après le « réveil en commun » et qu’il s’agit d’un savant mélange entre
l’adorable et le diabolique. De garder ainsi ses sous-vêtements, cadeau acheté
en commun avec Christian, elle se sent moins seule et moins
désespérée.
Non coiffée après avoir sommairement séché ses cheveux après la douche,
dans son pantalon et sa chemise orange, chaussée de deux espadrilles blanches,
elle ressemble à une sauvageonne et sa frange lui retombe sur les yeux, ce qui
l’oblige à l’écarter tout le temps.
En échange de ses affaires, on lui remet un badge magnétique qui porte
son prénom et un numéro, un drap et deux couvertures. « Le reste suivra » lui
assure t-on.
Mais combien de temps va t-elle rester prisonnière ?
En plus, elle a faim, mais trop tard pour le repas de midi. Prochain
repas à 18 heures.
Pendant ce temps, Christian vit la même chose, en pire. C’est lui la
cible. Il fait donc d’entrée l’objet de railleries systématiques et de
mini-sévices ayant pour but de le faire craquer dés les premiers
interrogatoires. Ses affaires sont malmenées. Sa tenue a été portée et non
lavée. Une espadrille est trouée. La douche est froide, il n’y a qu’un mauvais
savon et on ne lui crie qu’un anglais cinglant, vulgaire. On le bouscule aussi
pour le faire se presser. Et un petit malin fait des allusions sur Elsa. Ils
attendent un acte de violence qu’ils vont pouvoir exploiter ou souhaitent au
minimum le contraindre à la honte de la résignation.
Christian n’est pas de la graine de looser. Son éducation a été assez
rigoureuse et la pratique du judo, au niveau départemental lui a forgé une bonne
constitution ainsi qu’un esprit bien trempé. Sa formation d’informaticien d’une
part, ses lettres classiques de l’autre, lui permettent d’analyser froidement la
situation en prenant du recul. Ces atouts lui permettent aussi d’anticiper les
coups, qu’ils soient portés sur le physique comme sur le moral. Ainsi, il peut
accompagner ou éviter un coup et réduire à néant la force de l’impact
Néanmoins, il adopte le profil bas pour éviter l’acharnement. Lui aussi
est enfermé, seul, sans explication. Sa cellule empeste de l’imprégnation des
déjections de ses précédents pensionnaires. Il ne s’inquiète pas trop pour Elsa
qu’il considère lui aussi comme une dure à cuire, mais regrette de ne pas
pouvoir veiller sur elle et lui offrir le monde qu’elle mérite.
A 18 heures, il entend des bruits métalliques sourds. C’est la roulante,
qui emmène les repas. Choc alu contre alu, déplacement cahotante sur le
carrelage posé trop vite. Il repère un ensemble de gamelles en alu et un quart
posé dans un coin de la cellule. Il fallait s’y attendre. Sales. Il n’a pas le
temps de nettoyer avec le mince filet d’eau et ses tourmenteurs rient en versant
son repas dans ses écuelles insanes. Il préfèrera se contenter du quignon de
pain pour ce soir. « Qui dort dîne » philosophe t-il. Mais le sommeil est dur à
trouver sur un sac de noyaux de pruneau…
Elsa elle fait la queue à un réfectoire. Elle est rabrouée et bousculée
par les « matonnes » mais elle parvient à créer un petit contact avec la fille
de devant. « Un bonjour » discret, un mince sourire… Il n’en faut pas plus pour
commencer et comme les conversations sont interdites durant le repas… Elle
espère que sa détention sera courte, car les repas sont minables tant par la
qualité gustative que par leur déséquilibre diététique. Après le repas, les
détenues sont laissées à l’extérieur dans une enceinte grillagée et Véra se
présente aux anciennes. Celles-ci lui font bon accueil. Elles aussi en majorité
vivent avec un informaticien mais aucune d’elles ne l’est. D’autres femmes sont
elles aussi emprisonnées et « mises au secret ». Elles doivent être
informaticiennes. Toutes ont été arrêtées dans les deux semaines précédentes.
Elles ne sont pas maltraitées mais le régime est plus dur pour les autres. Elsa
a une pensée pour Christian. Il ne doit vraiment pas être à la fête.
Pour l’instant, il ferme les yeux et « écoute » sa femme lui interpréter
« La marche turque » à l’accordéon un dimanche matin. Il ne sent même pas
l’infâme cafard remonter le long de sa jambe de pantalon. Les concerts privés
d’Elsa sont « inoubliables » à plus d’un titre car elle joue pour le plaisir et
le spectateur est conquis. Il se laisse ensuite dévorer par l’amante religieuse
ardente malicieuse au moment qu’elle choisit car il est hors de question de
l’interrompre.
Elsa quand à elle observe tout, pensant déjà à l’évasion. Sa nature
rétive à l’ordre établi arbitraire, qui lui a déjà valu quelques ennuis,
s’impatiente déjà du manque de liberté. Et les américains, dans leur bêtise, la
considère comme une idiote inapte au clavier sous prétexte qu’elle est artiste.
Mais Christian lui a montré quelques instructions de supra-net, qui se rajoutent
aux fonctions habituelles d’un OS classique et qui permettent de communiquer
discrètement sur n’importe quelle machine « infectée ». Donc son boulot va être
de trouver un micro relié au réseau et de tester la présence de l’infection. Si
la machine est infectée, elle pourra prévenir les admins du supra net qui
mettront les cercles concernés au courant. Le monde entier devrait ensuite le
savoir…Elle demande des noms qu’elle « enregistre in petto» pour pouvoir
renseigner l’extérieur au maximum dés qu’elle en aura l’occasion.
Elle s’abstient de faire partager ses projets, au cas où une taupe serait
infiltrée parmi les détenues, ou que l’une d’entre elle la dénonce, espérant une
libération anticipée ou un traitement de faveur.
Il
est 22 heures et tout le monde ne dort pas. Le major DAD surveille les
interrogatoires de quatre informaticiens, tirés de leur premier sommeil, de la
pièce centrale à la croix formée par les 5 pièces. Ses fenêtres sont des miroirs
sans tain La nuit va être longue et le café est exécrable. Serait-il manipulé
lui-même pour être un tourmenteur acariâtre, donc plus efficace ? Derrière la
vitre, Christian, un peu hébété tout de même, s’applique à présenter son profil
le plus niais. Les choses sérieuses commencent.

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