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19 / 05 / 2006,
21:08
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L’officier américain ricane lourdement. « Une grève de la faim, ah ah ah,
vous avez décidé de profiter de votre séjour parmi nous pour faire un petit
régime minceur à nos dépends. Très fort, mais inutile en ce qui vous concerne,
je vous assure »
« Merci du compliment. Vous n’êtes pas tout à fait un butor »
- Plus sérieusement, je me moque de votre décision. Si vous changez
d’avis, il vous faudra attendre l’heure du repas. Et vous devrez y aller avec
les autres, même si vous ne vous alimentez pas… Ce n’est pas mon
affaire.
- Nous verrons dans quelques jours si d’autres femmes décident de faire
la même chose.
- Soyez réaliste. Vous êtes bien traitée.
- Je vous rappelle que vous êtes le premier à m’avoir privée de
nourriture, en plus de la privation de liberté »
A ces mots, derrière la glace sans tain, le major DAD bondit. De mauvais
traitements pour les conjoints d’informaticiens ? Ce n’était pas prévu et rien
ne le justifie. La pression doit se porter sur les informaticiens eux-mêmes et
en toute discrétion. Dés qu’un a parlé, et que le système informatique adverse
aura été investi, tout le monde doit être libéré et rien ne doit pouvoir leur
être reproché dans l’opinion internationale.
« Votre mari est actuellement accusé de complicité avec les terroristes
informatiques qui ont justifié notre venue. Il a été suivi et nous sommes
convaincus de ses actions subversives car son lieu de travail est espionné.
Aidez nous à démanteler son réseau, et vous retrouverez votre liberté sans que
personne ne sache qui a parlé »
« Mon mari travaille comme gestionnaire de stock. Si il a suivi des cours
durant sa scolarité, son emploi est plus tourné vers la gestion que la
programmation. C’est un simple utilisateur en fait »…
L’entretien se prolonge durant une heure. Elsa ne cède en rien à son
discours. Son tourmenteur la renvoie ensuite en cellule. Il a la surprise de
voir arriver le major DAD plutôt que sa prochaine victime.
« Qu’est ce qui vous a pris, sombre crétin ? Vous avez empêché cette
femme de s’alimenter… »
- Non Major. Non, pas tout à fait. En fait, je voulais l’interroger et
elle était dans la file d’attente du réfectoire. J’avais fait amener un repas
pour elle, mais l’entrevue a été houleuse et elle a été ramenée en cellule.
Effectivement, j’ai oublié de faire suivre le plateau repas.
- De plus, vous comptez la remettre avec les autres. Imaginez si d’autres
suivent.
- Mais Major, c’est vraiment la seule à avoir aussi mauvais
caractère.
- Et vous la mettez comme martyre alors qu’il s’agit d’une meneuse. Elles
sont « invitées », pas prisonnières. Nous prenons des mesures de précautions
anti-terroristes mais ce sont leurs conjoints les terroristes.
- Oui Major.
- Je ne veux pas d’interrogatoires hors des créneaux 9 h 12 h et 13 h 17
h 30 . C’est bien compris ?
- Oui Major.
- Suspension immédiate de tous vos interrogatoires en cours, je vous veux
et votre équipe en salle de débrieffing dans une demi-heure pour une mise au
point.
- Bien Major »
Une demi-heure plus tard, le Major DAD face à une vingtaine de cadres
remet les pendules à l’heure
« … Dans le cas de la femme désirant faire la grève de la faim, je ne
veux plus d’interrogatoires la concernant. Elle va être conduite à l’infirmerie
et y restera sous surveillance médicale et gardée en permanence. On va lui
coller l’étiquette de « suicidaire » pour les autres et donner à penser qu’elle
est gavée de médicaments réservés aux traitements lourds. Cela dissuadera de
suivre son exemple. Un plateau repas froid restera en permanence visible afin
qu’elle puisse « changer d’avis » à n’importe quel moment. Ne vous mettez pas en
porte à faux avec les autres. Pour l’instant, les pistes sont minimes mais deux
ou trois prisonniers ne vont pas tarder à craquer. Le succès de cette opération
est primordial, sinon des têtes vont tomber, surtout si des innocents se
plaignent .
Me suis je bien fait comprendre ?»
A la pâleur de certains participants, le major DAD comprend que d’autres
bourdes ont du se produire. Il était temps de faire une mise au point . Mais pas
dans une salle avec des micro-ordinateurs. L’un d’entre eux n’était pas éteint,
mais était en économie d’énergie. Il a tout de même relayé l’information, même
si l’écran était apparemment éteint.
L’équipe de l’homme à la sucette prend l’affaire en main. Ils recherchent
les anomalies de fonctionnement de micros de personnes absentes de chez elles
depuis une semaine sans justification, puis lancent des recherches dans les
fichiers de téléphonie, de consommation, de retrait d’argent au cas ou il y
aurait eu départ pour l’étranger.
On recoupe avec la valeur « métier de l’informatique » puis partenaire
d’une personne « métier » de l’informatique. On obtient un peu plus d’une
centaine de personnes en quelques heures.
Des « enquêteurs » se déplacent et interrogent les voisins. Quelques
témoignages de civils montant dans des chars ou des camions sont collectés.
Environ quatre vingt personnes semblent concernées.
Des cercles de diverses compétences sont consultés. Diplomatie de
l’ombre, épreuve de force médiatique, représailles ?
Dans tous les cas, c’est mettre en danger les personnes. De plus, rien ne
va empêcher les américains de recommencer une autre fois. L’envie de jouer à
nouveau un mauvais tour aux américains s’insinue dans les esprits. La cache
piégée découverte en mars aurait du rafraîchir leurs ardeurs. Il faut plus
fort.
En attendant, Elsa jeûne. Christian tient mais les américains chargés de
faire parler les « informaticiens » durcissent les interrogatoires. La nuance
entre harcèlement musclé et torture se réduit de plus en plus. Et il n’y a plus
de briefing qui pourraient renseigner l’extérieur.
Deux jours passent. Une nuit, le garde s’endort à son poste. Elsa en
profite pour quitter sa « chambre » et allume l’ordinateur de
l’accueil.
Une vague d’enthousiasme balaye l’équipe de l’homme à la sucette lorsque
le contact est établi. Elsa est fêtée en héroïne. Elle va être celle qui va
précipiter les américains dans le piège. Elle regagne, radieuse, sa chambre. Le
planton dort toujours. Tout va bien.
Le lendemain, Elsa « craque ». Elle trépigne de rage, renverse le plateau
de nourriture, demande à voir un officier. Elle refuse de s’habiller. Elle veut
ses vêtements. Elle veut rentrer chez elle.
Son tourmenteur favori est ravi. La bêcheuse finalement s’effondre. Elle
est assez incohérente. Mais puisque elle ne mange pas, il met ça sur le compte
du désespoir.
Elsa se met à table. Elle a le ventre vide mais la langue bien pendue.
Elle veut voir Christian, technicien qui pourra confirmer ses dires, préciser
des termes techniques, des commandes…
On le lui amène. Elle commence à donner des noms de domaines. Christian
entre dans son jeu. Il prend la mine abattue, refuse d’aider, jette des regards
lourds de reproches à sa femme. Quelques informaticiens américains jubilent. Les
ports s’ouvrent, les IP se dévoilent bien que les fichiers cryptés résistent
pour l’instant. Victoire.
Les prisonniers sont libérés dans la journée. Christian et Elsa sont
rapidement pris en charge par les services de l’homme à la sucette. Après ça,
c’est la clandestinité assurée jusqu’à la fin de la guerre pour eux
deux.
Lorsque le virus tueur élaboré par les informaticiens indiens commence
son œuvre de destruction, le lendemain, il commence par détruire le réseau du
gouvernement fantoche, en français, ce qui a trompé les programmeurs américains.
Mais après petite manipulation supra-net, les liens des collaborateurs
américains et ceux des « commerciaux » de la World Company, bien impliqués dans
le système fantoche, conduisent le virus à s’attaquer aux serveurs du
gouvernement américain et au siège de la world company.
En six heures, 60% des serveurs mondiaux s’auto-détruisirent.
Atterrissages de disque dur, surchauffe des processeurs après perturbation du
bios et verrouillage des cartes mères.
Les serveurs épargnés furent ceux qui fonctionnaient sur des OS
primaires, réservés à l’informatique en temps réel. Ainsi, tous les systèmes de
sécurité fonctionnant sous Linux continuèrent d’assumer leurs fonctions. De même
les systèmes anti-incendie, la gestion des ascenseurs ou les hôpitaux, les tours
de contrôle des aéroports…
Mais certains pays comme la Chine ou la Russie n’apprécièrent
pas.
Les tensions internationales, un temps effacées par l’OWC (l’ «Order World Company»),
réapparurent. Des groupes de résistances locaux, partout dans le monde reprirent
confiance et lancèrent des appels à l’aide sur le web en direction de la
France.
La situation informatique fut rétablie en un mois. L’Amérique par bourde
avait fait dix mille fois plus de dégâts que les « terroristes » qu’elle
traquait.
Néanmoins, elle sabota toute les enquêtes et accusa les français, malgré
les preuves flagrantes apportées par ceux-ci. Les gouvernements trop fragiles
firent mine de les croire. La Chine et la Russie, en secret, s’allièrent et
constituèrent un centre de recherche de guerre électronique en
commun.
Le
conflit risqua alors devenir mondial d’un jour à l’autre

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