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22 / 05 / 2006, 20:20  

Du rififi dans le Médoc : Tourisme

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Une diode s’est allumée sur le portable de Franck. Il sait qu’il doit s’isoler de Véra pour contacter d’urgence son équipe.

« Ma chérie, je vais à la supérette. As tu besoin de quelque chose ?

- Attends, je vais t’accompagner ».

C’est beau l’amour. On ne se quitte plus. Mais on ne peut plus rien faire sans l’autre. C’est vite étouffant.

 

Véra sort de la salle de bain, à moitié habillée. Au passage, elle lui dépose un baiser sur la joue. La regardant compléter sa tenue, Franck se dit qu’il y a aussi des compensations à vivre à deux. Mais son cœur bat la chamade au rythme de la diode. Il décide donc que l’heure est aux besoins naturels et que là, il aura la paix. Il devra juste chuchoter.

 

« C’est moi, je vous écoute. Je ne peux pas parler plus fort

- Franck, nous avons un gros problème. Notre équipe de protection a du se faire capturer. Nous n’avons pas le temps d’en envoyer une autre de secours. Déjà, nous avons repéré leur véhicule. Il faut le changer de place et lui changer son identification.

- Il est ou ?

- Zone 2, emplacement 23 , à coté d’une canadienne. Son numéro de code pour le faire démarrer est sa plaque d’immatriculation. Il y a un CD de données sous le titre « Compil des hits volume 169 » Introduit dans le lecteur de CD, en appuyant sur la touche enreg+ stop en même temps, il vous permettra d’accéder au mode d’emploi des « options » du véhicule. Vous pourrez ainsi en changer l’immatriculation et accéder au coffres camouflés avec le matériel spécial. Il y a aussi le mode d’emploi de ses « équipements », sauf pour le 9mm que tout le monde connaît. Il y a aussi de quoi offrir une bonne nuit à votre épouse. Il y a même un effet secondaire volontaire qui évite à celle ci de penser qu’elle a pu être droguée mais qui l’incite à croire qu’elle se réveille dans un bon jour en pleine forme. Vous allez être de service ce soir. Déplacez la voiture le plus vite possible. Bonne journée. Essayer de faire une sieste »

 

L’homme raccroche, laissant Franck songeur. Le temps se gâte.

A sa sortie, c’est une Véra pimpante qui lui annonce qu’elle est prête.

« Tu es magnifique » lui dit-il en souriant.

« Merci Dear. On y va ?

- prenons la voiture. Je n’ai pas envie de porter les bouteilles sur une borne »

Les emplettes se passent bien. La zone 2 est située entre la supérette et l’appart.

La voiture chargée, Franck prétexte une envie de se dégourdir un peu les jambes.

« Tu n’auras qu’à ne pas décharger ce qui est lourd. J’en ai pour 10 minutes à pieds. »

 

Véra se renfrogne un peu. Les mecs sont imprévisibles. Et après, on dira que ce sont les nanas qui ont des envies bizarres. Elle démarre un peu brusquement. Franck la regarde s’éloigner. Va falloir être gentil après ça.

 

A grands pas, il entre dans la zone 2 et trouve rapidement la voiture. Il la gare sur le rond point du tir à l’arc, change l’immatriculation (plaques pivotantes : les vieux trucs sont les meilleurs) et se dirige à l’appartement. Il trouve Véra en train de vider le coffre. Elle allait quand même porter les packs d’eau. Il accourt donc et la tance gentiment. « Je ne veux pas que tu portes de choses lourdes » insiste t-il. Elle le toise sans rien dire, mais en lui faisant comprendre que ce aurait été de sa faute et remonte les mains vides.

Et Franck prend les deux packs d’eau, la poche plastique et s’embête a vouloir prendre en même temps le pain, qu’elle aurait pu amener avec elle. Il repose tout pour fermer le coffre et tant bien que mal parvient à coincer les baguettes entre le torse et son bras gauche tandis que les doigts de la main droite sont mis à rude épreuve pour porter le deuxième pack et la poche en même temps.

 

Véra a en plus fermé la porte. La garce. Franck redépose tout, actionne la poignée ronde, ouvre, se recharge sous l’œil amusé de Véra. Il va ranger le tout, puis retourne vers Véra.

« Alors, tu as décidé d’être désagréable ?

- tu n’as qu’à mieux t’occuper de moi.

- Comme çà ?

- Par exemple

- Et puis comme ça ?

- C’est encore mieux.

- Et ça ? »

Eclat de rire, vite étouffé par un baiser. D’autres suivront, sans oublier les étreintes et les attentions appropriées. Mais Véra préfère en rester au niveau du flirt. Elle veut aller à la plage. Franck propose d’en essayer une autre, et de passer par Hourtin. Cela fera une promenade.

 

L’air est chaud. La route est malheureusement en mauvais état, mais c’est une longue ligne droite. Hourtin est une petite bourgade sympathique. Il y a même un cinéma. Mais il ne fonctionne que le week-end hors saison. Après Hourtin, rond point vers le Contaut et Hourtin plage.

 

Un poste de garde, tenu par des médocains les arrête. La zone est interdite aux touristes. Il faut faire demi-tour. Franck décide de continuer la route des plages.

« Tu vas être condamnée au Pin Sec » plaisante t-il.

Véra ne comprend pas cette cruauté, victime de l’homonymie. Et Franck n’explique rien. 10 km plus tard, un panneau de signalisation sort Véra de son incompréhension.

 

Coincé derrière un vieux fourgon blanc Mercedes, qui se traîne et qui pollue, Franck fulmine, surtout qu’une voiture se profile au loin en face et qu’il ne peut pas doubler.

 

Ils traversent un petit village, avec une scierie désaffectée. Lorsque le fourgon tourne, Franck voit deux petits vieux à l’intérieur et se retient de klaxonner. Il n’y a que dans le médoc qu’on peut voir ça. Dans le reste du pays, à partir de soixante ans, on a droit au taxi gratuit ou aux transports en commun.

 

Zig zag dans les dunes. Un carrefour. Une ligne droite, avec deux montées et en haut de la seconde, on peut voir un instant le bleu profond de l’océan, avant de replonger à l’intérieur d’un camping.

Il y a un parking, face à un vieux bar . Celui-ci, appelé le « Paradou » est en train de se faire ensevelir par la dune qui se déplace. Au lieu d’enlever le sable, les propriétaires doivent vouloir jouer sur ce coté « naturel ».

 

Franck gare la voiture. Il prend les sacs, tandis que Véra se contente du parasol. A leur gauche, il y a un restaurant, dont la terrasse s’est abîmée dans le vide. La mer a emporté la dune. Elle a aussi emporté l’escalier, et la descente est assez abrupte. Un panneau signale le danger. A marée haute, il n’y a plus de plage en période de forts coefficients.

 

Mais ce n’est pas grave, il suffit de s’installer dans un des multiples replis de la dune, à l’abri du vent frais, pour bronzer discrètement.

Franck teste le piquant de la flore locale . La feuille de panicaut des sables séchée était sous le sable. Aprés quelques jurons bien sentis et trés imagés (Véra n’ose même pas en rire tellement il a du être piqué au vif) il remet ses baskets, regrettant de ne pas avoir acheté de tongs.

Au bout de trois cent mètres, c’est le désert le plus complet et la tranquillité absolue. Enfin, le croit –il. Car trente mètres plus loin, dans un repli de dune, il tombe à l’improviste sur deux nudistes. Un couple mixte. Véra est choquée . Mais Franck en avait entendu parler, et il murmure un bonjour gêné avant d’entraîner Véra loin de ces « dégénérés ».

Un peu plus loin, ils trouvent un coin tranquille. Franck installe les serviettes et le parasol. Véra s’allonge et constate que Franck, à ses cotés, est nu comme un ver.

« T’es pas fou ?

- Moi, tu sais, je ne risque pas un méchant coup de soleil

- Oui mais

- Qui veux tu qui me voit ? Et toi, tu m’as déjà vu nu. Et même si…les autres sont eux aussi à poil. C’est plutôt toi qui va passer pour une voyeuse.

- Pas du tout. C’est indécent.

- Ne t’inquiète pas. Avec ton petit ventre, on sait bien que le soleil t’est contre indiqué. Si quelqu’un passe, il matera tes seins à travers le tee-shirt. »

Au bout de dix minutes, la chaleur les conforte dans une douce torpeur et le temps s’arrête.

 

Deux heures plus tard, c’est la soif qui fait bouger Franck. Le mouvement réveille alors Véra. Galant, celui-ci lui propose le thermos, qu’elle accepte aussitôt. La fraicheur de l’eau est un délice. Elle s’en humecte aussi le visage. Franck boit à son tour et l’océan le tente, bien qu’il ne sache pas bien nager. Véra est partante elle aussi.

 

La descente jusqu’à la plage est ardue. C’est une vrai falaise de sable de 8 m de haut qu’il faut descendre. Franck saute et est reçu en douceur trois mètres plus bas par la dune. Le sable se dérobe sous lui et il glisse jusqu’au pied de la dune. Véra le suit, amusée.

 

Vue du bas, la dune paraît encore plus haute. Il ne sera pas si simple de remonter, car les deux derniers mètres sont à pic.

 

Franck cours vers l’océan. Une vague recule devant lui et il s’enfonce dans le sable mouillé. Lorsque l’écume l’atteint ensuite jusqu’au mollet avec force, une partie de l’eau l’éclabousse jusqu’au ventre, brûlant. A 17° aujourd’hui, elle est froide et Franck pousse un cri de surprise et de déplaisir. Véra éclate de rire, plus loin. Elle commence à se mouiller prudemment le visage, la nuque les épaules. Le rafraîchissement, saisissant au début, devient vite agréable et elle frissonne délicieusement dans le vent. Franck, courageusement, ne recule pas. Même si il a l’impression d’avoir les pieds gelés, il est amusé et impressionné par la force des vagues. Il s’avance alors, progressivement. Alors, qu’il a de l’eau jusqu’à la taille, une série de grosses vagues arrivent. Franck prend peur mais trop tard. Un rouleau éclate quelques mètres devant lui. Un mur d’écume d’un metre de haut l’emporte comme un fétu de paille. Franck est roulé dans tous les sens. Quand il se relève, sonné, désorienté, quelques mètres plus loin, c’est la vague suivante qui le « cueille » et l’emporte encore un peu plus loin. Franck rit. Il n’a plus froid. Il n’a pas peur. Il s’est quand même pris une bonne claque pour ne pas avoir plongé en dessous du rouleau, réflexe qu’il va acquérir dans les minutes suivantes.

Véra préfère rester sur le bord. L’eau est trop froide pour elle. Elle sourit en regardant Franck s’ébattre comme un gamin. Quand il ressort, un quart d’heure plus tard, transi et crevé, elle se précipite sur lui. Il l’étreint contre lui et l’embrasse de ses lèvres salées. Elle se débat, car le contact est un peu frais à son goût. Pou se venger, elle se moque de son sexe au plus bas de sa forme. Tout d’un coup, Franck regrette de ne pas avoir gardé son maillot. Surtout que durant la remontée de la dune, il se fourre plein de sable dans l’entrejambe, que le passage de la serviette ne parviendra pas à chasser complètement.

 

Il est 13 h . L’estomac de Franck proteste. Il est temps de partir. Le soleil tape trop fort maintenant pour rester dans la dune et la plage va être bientôt recouverte par l’eau. Franck au passage profite des douches derrière le poste de secours.

 

Après avoir chargé le coffre, Franck démarre et … reste ensablé. Les deux roues avant s’enfoncent dans la partie meuble du parking contre la dune. Véra râle qu’il aurait pu se garer aux emplacements du milieu mais Franck spontanément a préféré les cotés. Néanmoins, il ne se souvient pas s’être avancé autant.

 

Et malgré tous leurs efforts, Véra au volant, et lui à pousser, la voiture s’enfonce au delà du diamètre de la roue. Avant d’en arriver là, il faut creuser le sable derrière la roue, y mettre une assise stable composée de pierres (rares), de pommes de pins ou de branches (y’en a) et reculer doucement sans accélérer comme un fou. Mais neuf touristes sur dix ne le savent pas. Certains s’enfoncent bêtement jusqu’aux pare-chocs.

Heureusement pour eux, un gros 4x4 rouge s’avance vers eux et son propriétaire leur propose de les tirer de l’ornière. C’est l’affaire de trente seconde pour ce mastodonte, un vieux Nissan Patrol GR long 2,8 l turbo diesel. L’homme, la cinquantaine, y semble très attaché et ne tarit pas d’éloges pour son écrase bouse dont Franck n’en a plus rien à faire depuis que sa voiture a retrouvé le contact rassurant avec le goudron.

 

Volubile, envahissant, l’homme leur pose quelques questions condescendantes, lui qui est du coin alors que ce sont de « pauvres touristes égarés ». C’est qu’il draguerait presque Véra, avec son tic de cligner de l’œil gauche. Il l’emballe même à tel point qu’elle accepte un barbecue chez ses parents, à 3 km de là. C’est la mode ici on dirait.

 

En arrivant chez ceux-ci, Franck tique en reconnaissant le fourgon blanc. Heureusement qu’il avait résisté à la tentation de les klaxonner, voire pire.

L’accueil est chaleureux et devant un pastis, Franck retrouve le sourire. C’est un peu moins le cas de Véra. Manifestement, c’est une famille à l’ancienne et le « machisme ordinaire » a fait que Véra a été sollicitée pour un coup de main en cuisine par la maîtresse de maison. Celle-ci, habituée aux domestiques, ou à la restauration collective, n’a jamais pelé de pommes de terre. Mais elle n’ose pas refuser et la maîtresse de maison ne fait aucune remarque sur la taille des peaux ou les oublis sur la patate.

 

Alors que le père plaisante sur « les touristes qui se plantent régulièrement », Franck affirme qu’il « ne pensait pas s’être engagé aussi prés du bord ». Son sauveur affirme alors avec un sourire « Tu ne t’étais pas engagé aussi loin. Il a fallu un peu te pousser ». Stupéfaction de Franck.

 

« Viens, je vais te montrer quelque chose »

Il l’entraîne vers un garage anodin. A l’intérieur, il y a du matériel de transmission et quelques micros-ordinateurs.

« Il fallait que je t’intercepte pour te donner la conduite à suivre pour ce soir. Nous savons maintenant ce qui est arrivé à nos agents. Ils ont été conduits dans la nouvelle base américaine, à coté de celle du Contaut. Dans le matériel que tu trouveras dans leur voiture, il y a un détecteur qui te permettra de les retrouver. Sa portée est de 1 kilomètre. Il lance un signal à ta demande. Ce signal active la puce inoculée dans le gras du ventre de l’agent. Celle ci émet durant cinq seconde un autre signal qui permet de la situer. De proche en proche, tu pourras les retrouver. Après avoir endormi ta copine, tu te rendras chez Pascal avec leur voiture. Il te donnera les derniers éléments portés à notre connaissance. En ce moment, il recrute quelques jeunes sur place qui feront diversion coté terre, pendant que tu arriveras par le lac…

- Mais je ne suis pas un vrai espion opérationnel ? Pourquoi ce n’est pas quelqu’un d’ici qui le fait ?

- J’en sais beaucoup plus que tu ne le penses sur ton compte. Tu en es capable, ne t’inquiète pas. Je ne suis même pas d’ici à temps plein. Tu es le seul extérieur qui peut agir car les contrôles ont été renforcés à Bordeaux. Les gens du coin ne peuvent qu’observer. Il faut que les interventions viennent de l’extérieur, sinon ils vont chercher et repérer ce qui est en place localement en cas d’échec. Allez, retournons dehors avant que ta copine ne te recherche et nous trouve ici… »

 

Franck comprend mieux la conduite de son hôte, stupéfait aussi par son sérieux dans le garage, contrastant fortement avec l’image donnée jusqu’à présent. Il est un peu vexé pour le petit tour dans le sable, mais bon.

 

Au deuxième pastis, il remarque que son hôte a la paupière gauche qui fatigue, et qu’il cause encore plus, de tout, de rien. Véra qui a fini de mettre la table avec la maîtresse de maison peut maintenant boire un petit vin cuit bien mérité.(Pas de scotch, pas de cola : c’est de bonne guerre). Détendue, elle rit de cette « aventure chez les ploucs », car maintenant, elle est draguée avec ostentation et le dragueur fait preuve de la même légèreté que son véhicule. Et tandis que son œil gauche clignote à qui mieux-mieux,  l’autre est en position plein phare.

Deux heures plus tard, au moment des adieux, il insiste bien de ne pas prendre ses avances au sérieux, bien qu’elle sera toujours la bienvenue.

« Et pour mon œil, faut pas le croire. L’alcool me le fait fermer et durant les soirées turpitudes de ma jeunesse mouvementée, les copains me surnommaient « le borgne » car il restait fermé à partir de 22 heures. Sauf pour mieux voir une jolie fille. Elle croyait que je le fermai alors que je l’ouvrai. Mais pas de risque ainsi de voir double »

 

De retour à Maubuisson, Véra aperçoit l’homme à la sucette en « bonne compagnie ». Elle reconnaît une de ses collègues de Paris. A priori, on doit l’estimer « inefficace ». Il sirote tranquillement face au lac. Elle lui souhaite bien du plaisir, car il va être difficile à cerner.

 

Vers 20 h 30 , Franck regarde Véra qui s’est endormie. Il l’a embrassée passionnément et elle lui a dit « No, i ‘m so tired » . Elle devrait être en pleine forme demain matin… « Bonne nuit, ma chérie. A demain j’espère …»

 

© 2006