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09 / 06 / 2006,
22:15
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Véra se réveille souriante. Et amoureuse. A son coté dort Franck d’un
sommeil de plomb. Elle aurait bien envie de le réveiller mais …elle a quelques
remords alors qu’il dort si bien.
Elle gigote un peu dans le lit, car elle est impatiente, mais ne veut pas
se lever. Son téléphone portable sonne. Il a décidé pour elle.
A l’autre bout, son chef, qui lui demande des comptes.
Elle a prit contact avec la cible. Manifestement, c’est une pointure,
mais il semble réellement en vacances.
« Pas lui, maugrée son interlocuteur, votre nègre »
Véra est choquée. Elle savait que sa liaison avec Franck ne plairait pas
à son père, mais sa hiérarchie, commandant de nombreuses recrues de couleur, ne
devrait pas tenir ce genre de propos.
« Il est avec moi. Pourquoi ? »
« Parce qu’on le soupçonne de nous avoir fait un sale coup cette nuit. Il
aurait libéré des prisonniers et saboté le système informatique de notre base
locale ».
« Impossible. Il était avec moi . Et là il dort »
« Vous êtes sûre qu’il ne s’est pas absenté cette nuit ».
« J’ai dormi. Mais je peux vous assurer qu’il est bien incapable de faire
ce qu’il est censé avoir fait »
« Puisque il dort. Fouillez ces affaires ».
Véra exécute l’ordre. Mais le portable, trop rustique n’attire pas son
attention.
« Il ne possède rien de suspect. Sa valise est normale. Et ses fringues
sont à l’image de sa modeste condition . De plus, il n’a même pas un cure dent
- Un garde l’a formellement reconnu parmi dix photos de noirs.
- il était le seul à ne pas avoir de casquette kaki ?
- ne prenez pas ce ton avec moi. En tout cas, vous rentrez illico. Nous
ne voulons pas l’avoir ici. Nous règlerons le compte à la cible aujourd’hui. Il
paiera pour le reste.
- Reçu colonel »
Véra réveille Franck. Il râle un peu. Elle l’embrasse. Il pense à l’effet
secondaire. Et il est très déçu quand elle lui annonce « Debout. Nous devons
être à Lyon ce soir ».
« Mais tes vacances…
- mes chefs viennent de les écourter. Une urgence.
- Il faut faire réparer la voiture.
- Tant pis. Je prendrai la faute à mon compte.
- On pourra dire au revoir à Pascal quand même ?
- On peut le faire. Mais ne perdons pas de temps »
Franck est un peu triste de partir. Après ces émotions, il aurait bien
profité du coin. Et puis, il veut des nouvelles de Fred. Il remarque que ces
affaires ont été fouillées. Il ne dit rien. Que sait Véra à son sujet ? Elle
semble l’éviter.
Il fait beau et les cigales déjà tirées de leur torpeur nocturne
reprennent leur « chant »( frottement d’élytres en fait) . En fermant le coffre,
Franck a le cœur gros. C’étaient ses premières « vacances » ailleurs que dans
les barres de béton lyonnaises et elles ont été trop courtes (comme toutes les
vacances) pour lui.
Leur premier arrêt est donc chez Pascal. Il explique les rudiments de
planche à voile à une jeune touriste . Il leur propose de se servir un café du
thermos dans sa cabane en attendant. Celui-ci est le bienvenu pour Franck,
toujours un peu dans le brouillard.
« Alors, les amoureux, vous êtes venus faire un tour de bateau
?
- Nous partons, cause le travail de Véra
- Déjà ? Mais les cimetières sont plein d’indispensables…
- Désolé Pascal, mais tu sais, service service…
- 200 000 touristes depuis un an. Et pas un client pour moi.
- Tu devrais ouvrir une boite de nuit.
- Tu devrais aller faire un petit tour en planche avant de partir. Vers
onze heures, vous mangez avec moi et vous êtes ce soir à Lyon avec une voiture
retapée. Je vais m’en occuper avec Franck. C’est l’affaire d’une
heure.
- Tu vas fermer ?
- Ils ont tous loué pour la matinée ou la journée. Avec un panneau, ils
viendront en face si ils veulent quelque chose.
- Je me laisse tenter alors.
- Tu as bien raison ma chérie » approuve Franck.
Véra sait déjà faire de la planche et Pascal lui donne son dernier
modèle. Bien que plus lourde et plus rustique que le haut de gamme (location
oblige), cette planche est un bon compromis pour être agréable à manœuvrer avec
quelques performances quand même.
Pendant ce temps, Pascal informe Franck tout en redressant les petits
dégâts de carrosserie.
« Fred est à la polyclinique de Lesparre sous bonne garde. Il a pu voir
ses parents qui ont renseigné notre réseau. Les américains sont très contrariés
et Fred menace de porter plainte pour violences excessives. Son arme de chasse
était démontée à l’arrière du coffre et il risque s’enrhumer cet hiver avec tous
les trous dans sa carrosserie. Il a quand même pris deux balles, par derrière.
Une éraflure dans le gras du bide, sans conséquence. Et une autre dans le bras
gauche. Un vrai miracle, car il n’a plus une seule vitre d’intacte.
- Et pour les autres ?
- Pas de problème. Ils ont tous pu regagner leurs pénates avec le
sentiment du devoir accompli. Les deux agents sont déjà à Bordeaux.
- Et les américains ?
- Et bien, on ne peut pas savoir exactement. Cette base ne rend pas
compte à l’état major parisien. Leur réseau est totalement indépendant. Mais les
informaticiens nous ont assurés que c’est du 100% détruit avec le cumul des
destructions possibles sous tous les systèmes référencés. Même les bios de carte
vidéo ou de lecteurs Dvd ont du être érasés. Et la cerise sur le gâteau, c’est
la simulation d’un processeur 50 gigahertz avec 10 A de tension. Il paraît que
les cartes mères en fondent littéralement. De plus, un sous marin nucléaire va
patrouiller dans le coin ces prochains jours.
- Tout va bien alors ?
- Pas exactement. Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous étions capables
d’avoir un commando de sabotage. Ils ne savent pas à quel point cette situation
a été traitée dans l’urgence. Ils risquent nous surestimer cette fois. A nous de
ne pas nous endormir sur nos lauriers, car ils vont redoubler d’efforts pour
nous trouver. Votre départ semble prouver que tu es suspect à leurs yeux. Sois
prudent.
- Véra a fouillé mes affaires durant mon sommeil.
- Je vous plains. Votre histoire semble sérieuse. Malheureusement, elle
repose sur une bonbonne de nitroglycérine. Un faux pas et votre couple
explose.
- Et se dire la vérité ?
- Surtout pas. Vous seriez au pied du mur, obligés de vous séparer.
Peut-être même pire. Le problème c’est cet enfant. Sinon, si tu aimais vraiment
Véra, tu aurais pu rompre, quitte à aller la retrouver après la fin de la guerre
et tout lui expliquer.
- Que dois je faire maintenant ?
- La laisser rompre. C’est irrémédiable, et ta hiérarchie ne pourra pas
t’en vouloir.
- Mais…
- Il va falloir te montrer sous un jour moins flatteur, que ce soit plus
facile pour elle. Si tu la déçois régulièrement, ce sera moins dur pour elle de
te quitter dans deux ou trois mois quand elle y sera obligée.
- Ca va être dur. Moi, je veux la rendre heureuse.
- Evite déjà de te retrouver dans les geôles américaines.
- Tu as peut-être raison.
- Je ne vois pas d’autre solution. Sauf si les américains rentraient chez
eux pour leur 4 juillet.
- J’espère te revoir, mais je ne te promets rien avant quelques
années.
- Je te ferai réserver la meilleure chambre de Maubuisson.
- Merci pour ton aide.
- N’abîme pas mon travail au retour.
- Je ferai bien attention sur la route. »
En quittant le médoc, avec quelques bouteilles pour ses collègues de
Lyon, Véra songe à Pascal. Doit-elle en parler à ses supérieurs ? Elle a
l’impression que sa générosité cache quelque chose, son « charme » ne pouvant
tout expliquer. Il lui a fait payer sa location du matin avec tact, mais elle a
bien senti que c’était par comédie plus que par commerce ou principe.
Heureusement, elle ne pense pas à Fred, sinon sa rencontre avec Véra serait la
coïncidence de trop au vu de ceux qui le harcèlent de questions. Son matériel a
disparu en cas de « visite inopportune ». Et il ne va pas épargner les
américains par la suite. Sur son lit d’hôpital, il rumine, songeant qu’ils
auraient pu ne pas abîmer son beau 4x4.
Enfin, il y a Franck. Son compagnon ténébreux serait-il autre que celui
qu’il prétend être ? Mais rien dans son attitude ne laisse présumer des
mensonges sur leur relation. L’amour la rend elle aveugle ? Elle a envie de
pleurer et ne sait plus sur quelle épaule se reposer.

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