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17 / 07 / 2006,
19:48
Juillet 2015.
Il y a beaucoup de monde aujourd’hui à Magny-cours. C’est le premier «
Grand Prix de France » depuis 2011. Petit cadeau des américains qui en janvier
dernier ont réussi à faire changer le calendrier de la FIA.
La ville est donc occupée par un régiment de chars et un régiment
d’infanterie chargés de la sécurité. Un quartier entier a été réquisitionné pour
l’hébergement des pilotes pour ces trois jours.
La F1 n’a qu’un sponsor : La « World Company » . Le vieux Bernie
Ecclestone est mort en 2009. Certains n’ont pas trouvé sa mort très naturelle,
tellement il paraissait immortel et omniprésent. Il luttait contre la World
Company mais les sponsors se faisant tous racheter, celle ci tarissait au fur et
à mesure les flots d’argent d’argent qui jusqu’à maintenant permettaient à la F1
d’exister.
Le vieux Bernie, requin jusqu’à lors, était devenu mécène pour faire
encore rouler une saison de plus ces bolides d’exceptions. Finalement, la
passion était plus importante que l’argent pour lui. Les sommes pharamineuses «
économisées » toute une vie durant fondirent comme neige au soleil pour garder
les fastes habituels. La world Company tenta de ne plus diffuser les grands prix
sur les chaînes privées et Bernie traita à perte avec les chaînes encore
publiques.
Sa mort en attrista donc plus d’un mais son acharnement à soutenir la F1
contre plus fort que lui auréola sa légende bien au delà de ce qu’il
représentait jusqu’à lors.
Les funérailles furent grandioses et mondiales. Même si il n’y eu aucun
chef d’état, beaucoup de cadres des anciens groupes automobiles et des
manufacturiers firent le déplacement. Pas un des pilotes et des mécaniciens des
trente dernières années ne fut manquant, mis à part les morts. La World Company
diffusa largement les images et dés le lendemain obtint enfin la main mise
souhaitée sur les paddocks.
Les onze équipes de deux devinrent donc nationales, rattachées à des
directions automobiles de la World Company locales. Ainsi l’émulation dans les
usines automobiles pouvait passer par ce sport. Mais il manquait la France,
puisque la World Company n’y existait plus.
En décembre 2014, sous incitation américaine, la direction de l’équipe
italienne fournit donc à une équipe « française » un moteur V6 version 2012 pour
la saison 2014. Ce moteur ne pouvait pas gagner, mais l’équipe de France pouvait
faire « bon douzième »
C’est d’ailleurs ce qui se passa pour tous les grands prix. Les deux
pilotes français, sympathiques au demeurant, n’étaient pas exceptionnels non
plus. Mais en F1, comme dans le reste des sports télévisés, la France occupée
revenait par la petite porte.
Sur le plateau de Satory, des ingénieurs français s’occupaient de mettre
au point le chassis de la F1. Celui restait un classique « baquet » tape cul
mais ils avaient annoncé un « nouveau modèle » pour le grand prix de France. Peu
de détails avaient filtré et quelques vieux afficionados avait honteusement
suivi quelques programmes télévisés de l’occupant, espérant dans leur cœur un
petit miracle pour cette occasion.
Las, les essais avaient été aussi décevants que d’habitude. L’équipe de
France était en onzième et douzième ligne, un concurrent japonais partant des
stands suite à un accident en qualification. L’esthétique avait effectivement un
peu évolué. Un œil averti aurait remarqué que contrairement aux jours des
essais, les ailerons n’avait pas tout à fait la même position. De même, il
aurait remarqué les lignes plus agressives du nouveau modèle, des entrées d’air
mieux profilées… Il aurait remarqué aussi que les trajectoires lors des essais
étaient légèrement différentes que celles de leurs adversaires.
Encore aurait-il fallu aussi que l’équipe de France et ses pilotes
bénéficient aussi d’un passage télé plus important. Mais bien sûr, l’équipe
américaine était au premier plan, avec l’équipe Brésilienne et l’équipe
anglaise. Les équipes allemandes et italiennes faisaient office de outsiders,
car historiquement elles représentaient un énorme marché mais la politique de la
World Company était tournée vers l’amérique du Sud et les pays
asiatiques.
Il fait chaud en ce dimanche 12 juillet 2015. 145.000 spectateurs ont
fait le déplacement pour un circuit prévu à l’origine pour 130.000. Cola et
autres sodas coulent à flot. Il n’y a pas d’eau minérale, car la World company
n’a pas pu encore récupérer les anciennes usines françaises . Actuellement
embouteillées par les français eux-mêmes, leur vente ne rapporterait rien à la
World Company. Les boissons sucrées augmentent la sensation de soif et les
français peu habitués à les consommer depuis les mesures draconiennes de santé
publique prises en 2013 souffrent et consomment jusqu’à l’écoeurement sans pour
autant être soulagés.
Le rugissement des moteurs avant le tour de chauffe remplit le public de
joie. L’odeur d’essence, d’huile chaude, de caoutchouc brûlé réveille chez les
français peu habitués à utiliser un véhicule polluant individuel des sensations
oubliées. C’est le départ du tour de chauffe. Au passage des pilotes français,
les rangs des spectateurs se soulèvent et leur clameur fervente parvient à
couvrir le bruit des moteurs.
Sous les casques des deux pilotes, il y a aussi beaucoup d’émotion. Les
mains tremblent un peu. Les yeux se brouillent un instant. Aujourd’hui, ils vont
courir comme jamais. Et pourtant, ce n’est pas leur premier grand
prix.
Dans la cohue du départ, les deux pilotes remontent de trois et cinq
places grâce à une audace qu’on ne leur connaissait pas dés la sortie d’Estoril,
écrasant un peu plus fort le vibreur que les autres, ils se surpassent et le
commentateur a même l’impression qu’ils vont faire la course l’un contre
l’autre. Leur accélération est telle qu’avant le freinage à l’épingle
d’adélaïde, ils sont à presque 317 km/h. Le second manque même d’accrocher
l’arrière du premier, ce qui fait frémir le public.
C’est vrai qu’entre eux, il y a une petite rivalité. Même amicale, mais
c’est la course qui veut ça. Néanmoins dans les coulisses, une autre approche un
peu moins sportive leur facilite aussi la chose.
Un semi remorque mystérieux cache dans ses entrailles une intense
activité. 24 informaticiens, sous le contrôle d’un inquiétant personnage suivent
sur leurs écrans les différentes constantes de chacun des pilotes. Ils ont
piraté le réseau wifi large bande de chaque écurie, qui permet aux ingénieurs de
contrôler électroniquement la voiture.
Depuis trois tours, la deuxième voiture de l’équipe chinoise gêne la
première voiture française. Dans la ligne droite, son accélération est donc
perturbée alors que la sixième reste bloquée. Le dépassement est alors facilité
pour le français.
Au vingt cinquième tour, les français sont respectivement huitième et
douzième. Trois voitures ont abandonné. Et la France songe déjà à un premier
point français en compétition. Le premier français ravitaille en un temps
record. Le changement de pneus s’est bien passé. Personne n’a remarqué qu’ils
étaient un peu différents des pneus normalement fournis pour l’ensemble des
concurrents par la World company. Et personne ne le verra. Car le revêtement un
peu spécial est complètement usé au bout de vingt tours. L’usine de Saint
–étienne a bien travaillé sur ce coup là…
Les ravitaillements se poursuivent et deux leaders n’ont « pas de chance
» et perdent de précieuses secondes, l’un à cause d’une pompe à essence qui n’a
pas envoyé la quantité programmée de carburant, et l’autre qui cale au moment de
repartir, faisant bien rire l’auteur de ce « coup du sort » dans le
camion.
Au trentième tour, la voiture du deuxième français sort de la piste au
Château d’eau et file dans les graviers. Le silence se fait dans les tribunes
puis un soupir de soulagement libère les cris d’encouragement. La voiture n’a
pas calé. Elle s’extrait péniblement du piège et retrouve la piste. Le team
décide de lui changer les pneus tout de suite et de le charger à fond en
carburant pour tenir jusqu’à la fin. Au 32 tour, réservoir plein, pneus neufs et
un petit aileron changé, le français repart pour une remontée
homérique.
Une petite japonaise d’une cinquantaine d’année dans le public tremble en
regardant sur les écrans géants la folie du français qui a décidé de prendre
tous les risques pour rattraper le temps perdu. Il va aussi être favorisé par le
sort.
A l’épingle d’Adelaïde, durant le 40 tour, contre toute attente, le
moteur du brésilien, troisième, s’enflamme. Il quitte sa voiture en catastrophe
presque à la chicane du Nurburgring et la voiture de sécurité intervient. Les
écarts entre pilotes se réduisent alors. Entre le premier Français, sixième, et
le leader, il y a 20 secondes. Et le second français, 13eme n’est plus qu’à une
minute.
Au 43 tour, les fauves sont à nouveau lâchés. Le premier français passe
cinquième, puis quatrième. Le second, fougueux, parvient en deux tours à doubler
trois concurrents.
Deux français dans les dix premiers, dont un à portée du podium . Dans
les tribunes, devant les téléviseurs, c’est l’euphorie. Sur le net, les images
sont maintenant diffusées en continu sur plusieurs serveurs. Mais même en
supra-net, les français ne savent pas que les pilotes qui courent ne sont pas
ceux qu’on croit. Mais quelques prénoms oubliés font à nouveau vibrer les
chaumières pour comparer les deux pilotes à de prestigieux aînés.
Le secret est bien gardé sur le circuit. Et les troupes américaines ont
fort à faire pour contenir la joie des spectateurs qui voudraient se rapprocher
déjà des stands pour attendre les deux champions à leur arrivée, quitte à rater
quelques tours.
L’ingénieur italien ne reconnaît pas non plus son moteur. Son deuxième
pilote vient de se faire doubler à la reprise avant la fin de la ligne droite du
Golf par le deuxième français. Et pourtant, sur les graphiques de performance,
le français devrait avoir dix pour cent de puissance en moins que le nouveau
moteur italien.
Ce qu’il ne sait pas, c’est que des ingénieurs français travaillent
depuis six mois sur ce moteur et en ont modifié certains éléments. Et il n’a
tourné que sur le circuit toulousain ou sur des autoroutes fermées à la
circulation pour des motifs anodins. Il a vingt pour cent de performances en
plus que l’italien d’origine et la boite électronique est mieux étalonnée en
conséquence.
Au cinquante deuxième tour, le premier français rattrape le second, de
l’équipe américaine. Le premier est aussi un américain. Le second français lui
est septième à 23 secondes.
Il reste encore 18 tours . Il est impossible de rattraper le premier, en
tête avec 42 secondes d’avance.
Au 54 tour, le français est second et entame une poursuite vouée à
l’échec à la « régulière ». Il y a 52 secondes d’avance car l’américain alors
second l’a retardé avant qu’il puisse le doublé à hauteur du golf dans une
accélération époustouflante. Le freinage a été déclenché électroniquement par le
team car l’ingénieur a hurlé dans le camion à la catastrophe. Les pneus ont
maintenant un bon plat chacun, mais l’abs et l’électronique ont fait leur job.
Le pilote, même aguerri, en a quand même eu une sacré émotion. Il est tout de
même tancé assez fort dans les oreilles et l’homme à la cigarette calme
l’ingénieur afin que le pilote puisse à nouveau se concentrer sur la
course.
Le second français lui aussi attaque fort. Il double au Lycée au 55 tour,
ce qui est plutôt inhabituel et qui ravit les spectateurs qui peuvent voir
l’action de visu plutôt que sur les écrans . Au 62 tour, il double encore au
Golf. Puis au 65 tour, dans la chicane d’Immola à la grande surprise de son
adversaire qui quitte rapidement la piste pour ne plus y revenir. Il remonte
régulièrement sur l’américain qui est troisième.
Les spectateurs retiennent leur souffle. Il est impossible de battre le
premier, trop loin. Mais il pourrait y avoir deux français sur le podium. Les
américains l’ont compris aussi.
Au 68 tour, sur les écrans géants, on voit exploser l’aileron avant
gauche du second français. Dans le camion, on se repasse l’image au ralenti. Pas
de doute, la voiture a été touchée par un projectile. L’aileron n’était pas
assez bas pour toucher le sol et ainsi exploser. On a tiré sur une voiture.
L’homme à la sucette voit rouge.
Le second américains commence à avoir des mini problèmes pour le
ralentir. Ainsi, il va pouvoir être doublé par le pilote français, qui débordant
de virtuosité parvient à maintenir son véhicule en piste mieux que lorsque il
est en bon état. Une habitude chez lui. Quand au premier américain, il va lui
faire un sort dans le dernier tour.
L’informaticien hésite. « C’est trop dangereux ! ». Il s’agit de bloquer
la boite en sortie d’Adélaïde. Mais un pilote a un voile noir consécutif au 4.3
G sur le freinage, et il est encore à 8O km/h minimum.
« C’est la guerre » répond L’homme à la sucette. L’informaticien propose
le château d’eau. Il y aura un « tout droit » provoqué à la direction durant une
seconde qui permettra une sortie de piste sans accident. Il « calera » dans le
gravier et la course ne risque pas d’être annulée à cause d’un accident grave.
Cette annulation en plus donnerait l’avantage à l’américain.
« D’accord » répond l’homme à la sucette, « mais ne le ratez pas
»
« Et pour l’autre ? »
« Laissez le arriver 3°. On le verra sur la photo en dessous des deux
français »
En effet, à la grande joie du public, le dernier français parvint, avec
ses pneus usés et son aileron brisé, à doubler l’américain et à monter ainsi sur
le podium. Quand, deux tours plus tard, l’homme qui était en tête, resté sur le
sable, regarda passer ses deux adversaires en tête, avec le cul encore dans son
baquet bouillant, il en lança au loin, rageusement, le volant qu’il avait à
peine décroché. Le drapeau à damier consacra alors les deux français qui firent
un long tour d’honneur avant de rejoindre les stands. Ils descendirent de leur
véhicule en gardant leur casque.
Quand les deux français atteignirent le podium, nul ne remarqua qu’aucun
des deux ne portait sur le visage les stigmates d’une course éprouvante.
L’américain troisième lui avait bien une triste mine, bien que secrètement,
l’absence de son leader le réjouissait.
Dans les stands, deux hommes se changeaient précipitamment, afin que
personne de non autorisé ne puisse les voir en combinaison de pilote. Il leur
faut aussi se dissimuler. Leurs visages sont trop connus.
Quand le 24 février dernier, le jour de son anniversaire, il avait vu
arriver cet homme des « services officiels » dans sa retraite suisse, il avait
pensé à un escroc.
Une longue discussion avait suivi, réveillant de bons comme de mauvais
souvenirs. En effet, malgré son âge, synonyme de retraite en France jusqu’en
2008, l’homme avait insisté sur ses qualités de pilote, de mécanicien, puis de
meneur d’homme et de chef de projet . Et malgré son âge, puisque il lui arrivait
encore de piloter sur glace des monstres mécaniques, d’exploser des radars et
d’avoir une interdiction de permis à vie en France, c’est qu’il devait avoir
encore de beaux restes.
Ils étaient prêts à lui offrir son deux centième grand prix, à 60 ans.
Tel un Michel Vaillant super résistant, il allait pouvoir redonner des couleurs
à la France occupée. Ses arguments sur le soutien qu’il avait eu la dernière
fois qu’on était venu le trouver furent balayés par le fanatisme de cet homme
qui semblait vraiment croire en lui. A la cinquième sucette, Alain craqua. « C
‘est d’accord. Qui est le second ? »
Là, il ne fut pas d’accord tout de suite. « Pas lui. Il y a assez de
handicaps pour ne pas avoir à rajouter un baril de poisse… » . Mais il n’avait
pas le choix. L’équipe devait être 100% française, pour l’histoire. Les jeunes
poulains n’étaient pas si talentueux et ils avaient un emploi du temps peu
discret.
Quand 15 jours plus tard, il revit Jean, il sut immédiatement que le
temps avait tout pardonné et que c’était un ami qui lui avait manqué depuis trop
longtemps. La coopération fut complète. L’équipe des techniciens, le secret, les
essais … en juin, la voiture aurait été la meilleure du plateau et les trois
voitures cassées par son partenaire n’étaient pas à sa charge. Néanmoins, avec
le nouveau simulateur prenant en compte la dernière version, Jean était le
meilleur.
Kumiko trouva les deux compères au comble de la joie dans une étreinte
virile en rien compromettante. Les deux « papys de la formule 1 » comme ils
furent surnommés quelques années plus tard quand leur exploit devint public
avaient vibré une dernière fois avec leur bolide. Ils avaient vécu un dernier
grand prix exceptionnel et extrêmement dangereux.
« Mon chéri , fit-elle à Jean, j’ai eu si peur quand tu as cassé ton
aileron à la fin»
« Mais.. Ce n’était pas moi, c’était Alain. »"

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